Le soleil se lève aussi à Minuit

éditions du soleil de minuit

Les Éditions de Minuit, présentes en masse en finale du Goncourt (avec trois auteurs sur quatre : Mauvigner, Toussaint, NDiaye, bien que cette dernière soit nommée pour un titre paru chez Gallimard) : une exception dans le paysage des titres français, habitué au classique Galligrasseuil. Loin d’une analyse de la situation, dont on peut en trouver une excellente ici, voici une simple déclaration d’amour à Minuit.

Hommage à J. Lindon par J. Échenoz

Hommage à J. Lindon par J. Échenoz

1941, Paris : Jean Bruller, dessinateur, et Pierre de Lescure, écrivain, décident de fonder une maison d’édition clandestine. Le premier livre publié, Le Silence de la mer, de Vercors (pseudonyme de Bruller), circulera à partir d’octobre 1942. Jusqu’à la Libération, Les Éditions de Minuit font ainsi paraître une vingtaine de plaquettes, réunissant des noms aussi fameux que Éluard, Mauriac et Aragon. Puis, la fin de la guerre, les réalités économique font surface. En 1948, Bruller abandonne la direction à Jérôme Lindon, chef de la fabrication depuis un an et demi dans la maison. Jérôme Lindon marquera de manière indélébile l’histoire de l’édition française, notamment par sa défense farouche de l’édition et de la librairie indépendantes via le combat pour le prix unique du livre (loi dite « Lang » 1981). À sa mort en avril 2001, sa fille prendra à sa suite la direction de la maison.
Il n’y a pas vraiment d’âge d’or des Éditions de Minuit : la résistance a cédé le pas à l’ère… Samuel Beckett. Sa femme Suzanne présente, en novembre 1950, trois manuscrits, rédigés en français : Molloy, Malone meurt, et L’Innommable. En mars 1951, le premier roman est publié. Le succès est immédiat, jusqu’au couronnement Nobel en 1969.
Quasiment à la même période, en 1953, Jérôme Lindon publie Les Gommes, premier roman d’Alain Robbe-Grillet. Ce jeune auteur, par ailleurs ingénieur agronome, est considéré comme le fondateur du groupe qui se fait connaître dans les années 1950 : le Nouveau Roman. Ainsi, le Nouveau Roman puis le « Roman ludique » ainsi que l’appellent certains universitaires bâtissent la réputation sérieuse et exigente des Éditions de Minuit. Les maquettes blanches et bleu nuit, sobres, étoilées, entourent les pages noircies d’une langue racée, originale et souvent expérimentale. À mes yeux de jeune étudiante, je ne vois qu’un seul défaut à la fabrique Minuit : ils ne prennent pas de stagiaire.

Un petit mot à présent sur les deux prix qui ont été décernés aujourd’hui, aux alentours du déjeuner : le premier, le plus prestigieux, le Goncourt, remporté par Marie NDiaye pour Trois femmes puissantes (Gallimard) et le second, le Renaudot, donné à Frédéric Beigbeder pour Un roman français (Grasset). Sachant qu’un Goncourt réussi tourne à environ 300 000 exemplaires au minimum (la moitié pour le Renaudot), tablons que ce bandeau qui arrivera très bientôt sur les tables des libraires feront des heureux assez rapidement.

A propos de Stéphanie

« Un livre c’est vivant! », « L’Europe n’est qu’un grand pays ». Deux citations qui esquissent la définition de cette bordelaise de 21 ans. Initiée cet été à Twitter, elle continue maintenant son chemin sur Internet, prenant garde à y lier ses deux passions, l’Europe et la lecture. Si je devais lui trouver un défaut… C’est sans aucun doute qu’elle habite aussi loin de la capitale. Pour le reste, ça sera à vous de la découvrir.

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  • http://mediametzage.wordpress.com MediaMetzAge

    Je garde un très bon souvenir des premiers Jean-Philippe Toussaint aux éditions de Minuit.
    La couverture et le nom de l’éditeur sont déjà des motifs de calme et de rêverie.

    PS: sinon sur le blog, il est très élégant, un lieu où l’on a envie de se poser.
    Le fait qu’il soit à deux voix est vraiment un plus pour trouver un équilibre entre le nombrilisme des blogs mono-auteur et les sites de médias sans identité à force de diluer les écritures)
    Le problème c’est de durer pour construire quelque chose, que l’on avait peut-être pas prévu
    Bonne chance

  • Stephanie

    Je suis en ce moment en train de lire « L’appareil-photo » de JP Toussaint. Très heureuse qu’il ait eu le prix Décembre, d’ailleurs.

    Merci pour le blog, on va essayer d’en faire un espace viable :) A bientôt

  • http://mediametzage.wordpress.com MediaMetzAge

    « Jean Philippe Toussaint sur web » par François Bon
    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1955

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