Anyss Arbib, victime de Sciences Po(licières)
La police. Cette entité casse-pied à laquelle on pense lorsque l’on va mal se garer. Cette force d’action capable de faire basculer les élections sous couvert d’insécurité. Cette brave alliée de la Patrie qui, confortée par ses responsabilités, se permet trop souvent de mal distinguer. Que des casseurs intègrent stratégiquement un cortège de manifestants pour semer le désordre, et ce sont les garants de l’Ordre qui s’affolent !
La science policière associe à chaque occasion un vocable de circonstance ; « sales anars » pour les rassemblements d’Attac, « sales jeunes » pour les revendications étudiantes… Sans oublier les incontournables « sales Noirs » et « sales Arabes », véritables fleurons du genre. Les habitués de l’exercice argueront sans doute que ces incartades verbales sont discutables sur le fond. Mais qu’il peut être encourageant de les distribuer au rythme des coups de matraque ! Et, cerise sur le gâteau, les mécontents désirant poursuivre leurs humiliateurs ont peu de chance d’y parvenir. La zizanie ambiante rendra les policiers injurieux difficiles à identifier, d’autant qu’une solidarité tacite peut unir récepteurs de la plainte et fautifs en képis.

Pourtant, mardi 17 novembre 2009, la machine s’est enrayée. L’Algérie, fraîchement qualifiée pour la Coupe du Monde, crée l’événement. La foule réunie aux Champs-Elysées est dispersée suite à l’incursion de casseurs. Des CRS pleins de mauvaises intentions gazent un jeune maghrébin rentrant en voiture avec un ami. Un « Dégage, sale Arabe ! » vient clore l’entretien musclé. Sauf que le « sale Arabe » s’appelle Anyss Arbir. Il est Français, vient de Bondy (93), connaît bien la banlieue. Il sait qu’il n’y a pas autant d’intégrisme que ce que l’on sous-entend, mais constate les dégâts de ce cliché. Il est à la hauteur de ses ambitions et intègre Sciences-Po Paris en 2006 grâce à une convention entre son lycée de ZEP et la prestigieuse école.
Son directeur, mis au courant de l’affaire, diffuse massivement l’information. Libération titre en une la tirade peu glorieuse du fameux CRS. L’UMP prend des pincettes pour commenter, le syndicat de police Alliance s’y refuse tout simplement. Fadela Amara veut lancer une enquête. Eric Besson invite symboliquement Anyss à venir s’exprimer. Dominique de Villepin, qui l’a rencontré à la fin de sa terminale, lui envoie un mail de soutien.
Qu’il y ait des racistes dans la police n’est pas étonnant. Des brebis galeuses gangrènent toutes les professions. Le constat accablant arrive quand ces injures trop répandues sont dénoncées dans ces conditions. Il aura fallu qu’un étudiant de Sciences-Po soit victime d’un délit de faciès pour qu’enfin l’on accorde plusieurs articles au problème. Le Ministre de l’Immigration n’ajoutera certainement pas à son fabuleux site sur l’identité nationale la question : « Est-ce qu’être Français implique plusieurs origines ? ». Celle que nous devrions lui soumettre serait plutôt : « Est-ce que dans la France d’aujourd’hui, l’égalité existe encore ? ».
Illustration : Des CRS lors d’un déblocage d’université à Tours en 2008. Photo : Jérémy Joly
Add-on de Jérémy : RaphiPons est une nouvelle plume sur ce blog. Sa présentation ne va plus tarder. N’hésitez pas à réagir ici, sur twitter ou par mail !
A propos de RaphiPons
Maniaque de la protection de son image sur Internet, ce Mulhousien de 21 ans est sans aucun doute le plus à gauche de la bande. Quand il daignera lâcher la caméra, sortir du cinéma ou décrocher de son jeune compte twitter, vous le retrouverez ici à casser l’UMP.
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