« Une femme suivra la condition de son mari » Code civil (art. 12 et 19)
Il y a quelques semaines, j’étais à La Machine à lire, librairie sympathique dont je vous parlais samedi, pour des achats d’ordre universitaire. Au moment de payer, mon regard accroche, sur le comptoir de la caisse, le dernier ouvrage d’Élisabeth Badinter, Le conflit : la mère et la femme. Je me souviens des quelques polémiques lues çà et là sur le net, je souris. La libraire suit mes yeux et une conversation commence sur lesdites polémiques. « Au fond, je trouve que c’est une bonne chose qu’on reparle de ces sujets, de temps en temps, ça ne fait jamais de mal« , conclut-elle finalement, ce à quoi j’acquiesce. Il y a des instants où on se sent étrangement solidaires, avec des personnes complètement étrangères, simplement mues par des idées proches.
Ces instants de félicité, comme une trêve dans la lutte continuelle, sont assez rares, malheureusement.
On peut choisir, au contraire, de se diviser, de se focaliser sur l’allaitement et l’écologie plutôt que sur les chiffres dramatiques et la réalité du propos de l’auteure. On peut choisir de décider que le combat est à peu près gagné, qu’à ce jour, en France, on peut avorter comme on le veut, et même que certaines abusent et profitent du système. On peut choisir de ne pas voir, s’aveugler en oubliant les centres de Planning familial qui ferment. De toute façon, c’est bien fait : elles n’avaient qu’à faire attention. Oublier que l’avortement est remboursé, certes, mais que la pilule et le préservatif coûtent encore assez cher. Choisir d’ignorer que 80% des tâches ménagères sont à la charge des femmes. Plus souvent, on choisit de fermer les yeux, sans doute parce que c’est plus simple, sans doute aussi parce que certaines vérités sont très éloignées de notre quotidien.
Je n’ai jamais vécu de machisme, quand j’y pense : j’évolue dans un milieu essentiellement féminin, je suis plutôt blanche et vis dans une banlieue neutre. Je passe n’importe où. Pourtant, en creusant bien… Quand je m’inscris quelque part, on refuse de valider mon « madame », m’imposant un « mademoiselle » qui m’indispose. Dans les repas de famille, on fait la vaisselle entre femmes. Je n’ai pas accès à certains jobs d’intérim parce que, apparemment, je ne serais pas assez forte. Ou bien, pour les boulots de nuit, que je risque de me faire agresser en rentrant chez moi. Il se trouve toujours un homme pour tenir à m’ouvrir la porte quand je passe, parfois même quelqu’un me cède la place dans le bus parce que je suis une femme. Ce qui, visiblement, me rend terriblement faible et incapable de tenir sur mes pieds. Et si, un jour, je décide de faire un enfant, j’aurai un congé plus long que celui de mon compagnon.
Il y a, comme le soulignent heureusement certains journalistes consciencieux, un machisme au quotidien qui devient impressionnant quand on énumère tout. Et ça, c’est uniquement quand on a la chance de ne vivre que le machisme au quotidien et qu’on ne traverse pas les épreuves exceptionnelles dans la vie d’une femme. Viols, agressions, avortements, publicités sexistes, salaires inférieurs à ceux des hommes, à compétences et poste égaux.
Aujourd’hui, à la fin de la journée internationale des droits de la femme, je suis un peu agacée par toutes les plaisanteries qui ont été faites. Le jour où les hommes mourront en grand nombre sous les coups de leur compagne/compagnon, où ils seront moins payés, où le fait qu’ils aient des enfants soient discriminant dans leur embauche, où ils devront travailler 2 à 3 fois plus pour accéder à des postes à responsabilités, où ils seront jugés à la taille de leur décolleté et de la longueur de la jupe, où on les immolera quand ils oseront sortir le visage nu, où on les sifflera parce qu’ils sont en tenue un peu élégante, où on les insultera parce qu’ils ne répondront pas au « Psst, m’sieur, t’es charmant », où on fera des blagues sur « les blonds » à longueur de journée, où on niera l’intérêt de leur plaisir sexuel à grande échelle, où ils seront traités de gigolos quand ils coucheront avec trop de gens que la société ne l’accepte…
Ce jour-là, d’accord : on réclamera une journée internationale des droits de l’homme. Pour l’instant, j’estime qu’entre voile, lapidation, excision, viols, manipulations, refus par les médecins de pratiquer l’avortement et harcèlements sexuels, le chemin parcouru constitue, certes, une base indispensable, mais n’est pas abouti. Loin de là. Et même en Europe, et même en France.
Je concluerai par une parole d’Hélène Cixous, prononcée dans les Matins de France Culture ce lundi 8 mars 2010 : « Soyons des âmes ». Pas des hommes, pas des femmes, des âmes.
A propos de Stéphanie
« Un livre c’est vivant! », « L’Europe n’est qu’un grand pays ». Deux citations qui esquissent la définition de cette bordelaise de 21 ans. Initiée cet été à Twitter, elle continue maintenant son chemin sur Internet, prenant garde à y lier ses deux passions, l’Europe et la lecture. Si je devais lui trouver un défaut… C’est sans aucun doute qu’elle habite aussi loin de la capitale. Pour le reste, ça sera à vous de la découvrir.
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