« Un ami est une menace de mort. »

(Photo : TnBA)
Après avoir vu Holy Grail des Monty Pythons, je ne pensais sincèrement pas rire à nouveau devant une mise en scène de la légende du roi Arthur (je ne regarde pas Kameloot, non). C’était sans imaginer que la grâce prendrait forme ce soir, incarnée par les treize étudiants de l’éstba, école du TnBA.
Imaginez : Arthur s’empare d’Excalibur et se lance Banquet de Bloc Party. Je suis certaine également que vous n’avez même jamais osé imaginer Merlin en prostituée bon marché. Et que vous n’avez jamais vu une boule de boîte de nuit comme un Graal.
En tout cas, une chose est certaine : ces étudiants – futurs diplômés – savent tout faire : un numéro de claquettes, une chorale (en français et en anglais), ils savent faire Dieu, faire le Diable, jouer du piano, s’engager dans un combat d’épées incroyables, se fouetter, se laisser menotter à un lit et fouetter, se mettre à nu littéralement, crier, danser… Et surtout : jouer.
Certains semblaient possédés par leur personnage. Complètement fous, on pourrait dire. Complètement imprégnés du rôle. Cette fille qui jouait Mordret et qui n’avait plus rien d’une femme, sauf peut-être la voix. Il n’y avait pas besoin de costume particulier pour être un personnage. Par leur regard et leur voix, ils étaient déjà convaincants.
Ils ont remercié la technique, à la fin, pendant qu’on les applaudissait. Ils ont levé les bras vers cette obscure pièce cachée, les lumières, la technique, ils ont remercié. Encore une de ces représentations où il faut reprendre son souffle avant de commencer à applaudir. Redescendre sur terre. Observer les visages des acteurs qui redeviennent brusquement humains, sourient, se tiennent par la main, s’applaudissent. J’ai toujours beaucoup aimé cet instant un peu magique où, en un clin d’oeil, nous voilà tous identiques. Eux acteurs, nous public.
La pièce dure 3h, production et création spécialement pour le TnBA : c’est le « spectacle de sortie » de la première promotion de l’éstba. J’ai juste envie de souhaiter bon courage à ces futurs intermittents du spectacle et, surtout, encourager les Bordelais à aller voir cette pièce, jouée jusqu’au vendredi 4 juin.
Autre information pratique : le livre de la pièce est disponible aux éditions L’Arche : Merlin de Tankred Dorst (16 euros) (1981 pour la version originale, 2005 pour la traduction française, par Hélène Mauler et René Zahnd).
Merveilleusement contemporain, ironique et poétique. Un beau moment de théâtre – et d’humanité.
Partez avec ce maigre morceau de spectacle :
A propos de Stéphanie
« Un livre c’est vivant! », « L’Europe n’est qu’un grand pays ». Deux citations qui esquissent la définition de cette bordelaise de 21 ans. Initiée cet été à Twitter, elle continue maintenant son chemin sur Internet, prenant garde à y lier ses deux passions, l’Europe et la lecture. Si je devais lui trouver un défaut… C’est sans aucun doute qu’elle habite aussi loin de la capitale. Pour le reste, ça sera à vous de la découvrir.
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