Dans l’affaire FB, l’arme du crime, c’est bien l’outil
D’accord, le titre est un peu racoleur, voire un brin survendu. C’est que parler en mal de Facebook est devenu d’une banalité affligeante. Il serait peut-être temps de revenir aux fondamentaux, et donc à l’outil.
Depuis les apéros géants, les médias se sont trouvés une nouvelle piñata à boxer avec le réseau social bleuté. Aucun ne sait vraiment de quoi il parle, et même lorsque Libé titre en une « Facebook n’est plus mon ami », on reste un peu sur sa faim devant l’argumentaire étiré. Je lis avec un regard distrait ce qui se dit, et retiens un argument au sommet des sommets chez les pro FB : ce n’est pas l’outil qui est à blâmer, ce sont les pratiques qu’on en fait. Un peu dans l’esprit « c’est pas le flingue qui tue, c’est le mec qui tire ». Soit. Mais, au risque de me retrouver pendu tout nu à un croc de boucher sur la place du marché, cette théorie me fait braire. C’est bien l’outil FB qui est mal fichu, et je regrette que les critiques tapent toujours à coté par faiblesse d’ignorance.
Que l’on sache d’instinct, à cause de la tête d’un calibre ou d’un bon western spaghetti, qu’un flingue tue si on s’en sert, pourquoi pas. Pour ce qui est de la gestion de la vie privée, c’est peut-être une autre paire de manches. Bien sûr, je sens venir les gros sabots qui répètent leurs litanies éternelles. « Mais malheureux, tu peux très bien gérer tes paramètres de confidentialité, verrouiller l’accès de tes photos à ton boss » et tout le tintouin. Oui, mais ça se résume simplement. C’est chiant. Ennuyeux au possible. Faut tester, on est jamais sûrs de ce qu’on fait. La seule fois que j’ai voulu m’y attaquer, j’ai failli faire une descente d’organes. Alors déjà qu’en plus je passais un paquet de temps à remplir des quizz du genre « Quel grand criminel français es-tu ? », à répondre à grands coups de smileys aux commentaires sympathiques sur mes photos ou tout simplement à vider ma boîte mail saturée d’annonces véhiculées par Facebook, autant dire que j’ai abandonné fissa la régulation des paramètres perso. La solution envisagée par le big boss Zuck’ est de justement « simplifier » ces paramètres pour étouffer les incessantes polémiques. Manière de dire qu’ils étaient trop compliqués ou aveu que c’était pour qu’on évite de les utiliser ?
Zuckerberg, à qui il ne manque plus que la toge pour se transformer en Moïse binaire capable d’ouvrir la mer du Net en deux, part du postulat que les gens veulent que leurs infos soient ouvertes au plus grand nombre. Il ne manque plus que le canon à fleurs et le Magical Mystery Tour en fond sonore, et on plonge un beau rêve psychédélico-libertaire avec tous ses amis FB. Inutile de souligner combien le paradoxe est grand entre le « ouvert » promis et les infos qui appartiennent exclusivement à Facebook récolté. Mais surtout, il a tout faux, le PDG Mark. En pratique, les gens se comportent en réseau social comme dans une salle de bistrot, c’est-à-dire en milieu clos. Et on imagine mal voir débarquer un pubard essayer de nous fourguer grand sourire un aspirateur entre deux Picon partagés avec son meilleur ami. En revanche, si on choisit d’inviter le commis en costard-cravate à sa table, ça a une autre touche.
Même si une jurisprudence récente semble laisser le bénéfice du privé à des infos entièrement ouvertes, il est souvent trop tard quand les gens se rendent compte qu’ils ont posté une connerie (ou qu’ils ont mal paramétré leur compte pour les rares courageux). Plutôt que de simplifier sa politique de confidentialité, Facebook devrait au contraire l’inverser. Si on arrive verre en main devant un robinet ouvert à blinde, on peut être sûr de galérer comme il faut pour récolter beaucoup d’eau sur les doigts, quand on casse pas le godet. Si au contraire on se pointe devant un robinet fermé, on met calmement son verre en-dessous, on s’adapte au rythme de l’engin, et on remplit comme on a envie. Zuckerberg aurait juste à s’asseoir un peu sur ses délires du « tout ouvert, tout super » pour tuer dans l’œuf toute polémique. Je parie avec n’importe qui là-dessus.
A propos de RaphiPons
Maniaque de la protection de son image sur Internet, ce Mulhousien de 21 ans est sans aucun doute le plus à gauche de la bande. Quand il daignera lâcher la caméra, sortir du cinéma ou décrocher de son jeune compte twitter, vous le retrouverez ici à casser l’UMP.
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