Retour sur les Entretiens du webjournalisme (1/2)
Ca fait quelques temps maintenant que je vous avais abandonné sur ce blog…sur Twitter aussi en fait. Vacances, déménagement, nouveau boulot…et un peu de flemme aussi sans doute. Heureusement les filles ont tenu la baraque.
Retour donc sur ce blog avec les Entretiens du Webjournalisme qui viennent de se dérouler à Metz, organisés par Arnaud Mercier (responsable de la licence en journalisme pro et médias numériques) et le tout récent Observatoire du Webjournalisme.
Avertissement : Ce compte-rendu ne se prétend pas exhaustif ni objectif. Ce sont des éléments qui m’ont paru marquant dans les débats.
Première table ronde : Journalisme et utilisation des réseaux sociaux
Community Management
Avec Jean-Christophe Dupuis Rémond (Fr3) et Damien Van Achter (RTBF)
JCDR nous a raconté la profonde évolution que suit France Télévisions avec le tournant numérique annoncé depuis le changement de direction. Pour lui cela s’est matérialisé par un état des lieux du web à France 3 Lorraine et plusieurs propositions d’évolution avec une originalité toutefois. Il a consulté les internautes pour savoir ce qu’ils voulaient trouver sur le site et les réseaux.
Ils ont été surpris, c’était la première fois qu’on leur demandait vraiment ce qu’ils voulaient. Les propositions et suggestions ont été très nombreuses.
Son objectif est d’aller au-delà de ce que propose la télé avec des mini-dossiers mais aussi de l’info service. Ce n’est pas une nouveauté mais les chiffres ici sont marquants. Grâce à son suivi sur la circulation et la météo le site a gagné 40% de fréquentation sur une semaine.
Toutefois, il est conscient que l’on ne peut pas rattraper 10 ans de retard en un clin d’œil. Il ne faut pas se contenter de copier ce qui existe ailleurs mais se l’approprier pour que cela fonctionne.
Davanac nous a lui raconté ses « péripéties du web ». Dans son premier travail comme agencier (2002-2005), le web était « l’ennemi ». Totalement inutilisable d’un point de vue professionnel donc. Il a utilisé les blogs pour se mettre en danger et progresser.
A son arrivée à la RTBF, il a commencé par écrire des guidelines pour l’usage des réseaux sociaux.
Les journalistes représentent la marque du journal en permanence. Ils ne peuvent pas non plus faire n’importe quoi sur les réseaux.
A l’heure actuelle, la RTBF compte 85 pages facebook et 235000 fans (en cumulé). Sur ces pages et sur Twitter, l’activité est double : partage de contenu interne et animation de communauté. Cette dernière partie pousse parfois les journalistes à renvoyer vers du contenu externe.
Pourquoi refaire ce que quelqu’un d’autre a déjà bien fait ? Il faut mieux partager avec l’internaute et ainsi devenir une sorte de référent chez qui les internautes reviendront chercher des conseils.
Personal branding :
Avec Steven Jambot (pigiste) et Sandro Faes (université de Louvain)
Steven Jambot récuse le concept même de personal branding. Quand ils ‘est inscrit sur Twitter, le service était très peu connu en France et sa démarche était plus basée sur la volonté de partager de l’information et de faire son métier. Je ne vais pas développer plus son intervention puisqu’il a repris les arguments que j’avais développé ici. (Si, si copieur !)
Pour Sandro Faes, le problème du personal branding n’est pas neuf mais surtout il s’inscrit dans un phénomène plus large, la médiatisation de l’espace public. Toutefois, il existe une différence notable aujourd’hui. Le « personal branding » se fait avant même la production.
Twitter un évènement :
Avec Samuel Goldschmidt (RTL) et Jean-Christophe Dupuis Rémond (Fr3)
Samuel voit plusieurs avantages à l’utilisation de Twitter dans le cadre d’une activité journalistique.
- trouver des sujets de reportages (ex les soldes)
- l’information y est très vite vérifiée par les internautes
- on devient l’envoyé spécial de tous ceux qui nous suivent pas seulement d’un média
- les gens adorent voir les coulisses (une photo pendant l’interview par exemple)
JCDR opine avec ces avantages mais note quelques inconvénients. Certains évènement sont difficiles à live-tweeter (fait divers…) car on manque de recul. On le fait avec émotion et les réactions des followers peuvent alors poser problème puisqu’ils ne sont pas dans le même état d’esprit. Il suggère aussi d’utiliser un mot-clé (hashtag) quand on suit un évènement et de l’annoncer en amont. Cela permet aux followers de faire le tri.
Crowdsourcing et Crowdfunding
Avec Nicolas Kayser-Bril (Owni) et Hala Kodmani (Glifpix)
Premier représentant d’Owni (the place to be en ce moment ? ), Nicolas Kayser Bril était très attendu. A l’aide de nombreux exemples, il a démontré en quelques minutes l’aide que peut apporter une communauté à un site d’information. Ainsi, pour les Warlogs, de nombreux termes de l’OTAN étaient incompréhensibles. Quelques heures plus tard, des anciens militaires ou journalistes spécialisés dans ce domaine leur avaient fourni une traduction de la plus grande partie des abréviations. Le travail réalisé par Jean-Marc Manach sur la carte des vidéos de surveillance est là aussi un exemple probant. Grâce aux internautes, il possède selon NKB, une carte sans doute plus complète que celle du gouvernement du maillage de surveillance.
Hala Kodmani présente elle son projet qui est en fait un Spot.us à la française. Des journalistes indépendants ou des médias peuvent venir chercher des financements sur Glifpix où le public pourra donner de l’argent.
C’est une manière de prendre le lecteur au mot. Ils sont souvent sceptiques sur le rôle des médias, ici ils ont un rôle direct dans le choix des sujets traités.
Deuxième table ronde : Journalisme en ligne et réalités du rich media
Les évolutions de l’écriture rich média
Avec : Alain Joannes (Formateur rich media), Julien Martin (Journaliste à Rue89), Gilles Klein (Journaliste à Arrêt sur images), Anne-Sophie Bailly (Journaliste à L’écho), Gilles Bruno (Consultant et blogueur, L’Observatoire des médias)
Gilles Klein commence par rappeler qu’il faisait déjà du « rich media » en 1995 sur le site de Elle pendant les défilés de mode. Aujourd’hui la comparaison est cruelle avec le monde anglo-saxon qui produit du vrai contenu multimédia et met en place les financements nécessaires. Un constat aussi valable pour le Guardian et plusieurs médias anglo-saxons.
Un peu d’histoire avec Alain Joannes ensuite qui souligne que le terme « rich media » vient du monde de la publicité. Le terme « multimédia » lui paraît plus adapté. Alain Duhamel étant le premier journaliste multimédia grâce à sa présence sur de nombreux supports en même temps. C’est là qu’on voit aussi l’évolution sémantique selon lui. Plus grave, il dresse lui aussi un constat très négatif de la situation française.
Les journalistes français et les patrons sont complètement ineptes. Ils vont mendier des subventions à l’Etat, accusent Google de tous les maux. L’ennui généré par les sites de presse français est prodigieux. Ils regardent passer le train de l’innovation sans s’y raccrocher.
Une situation qu’il explique par deux phénomènes :
Ils ne sont pas conscients de l’intérêt du rich média d’un point de vue narratif et il y a encore des relents de technophobie.
Julien Martin commence par une différenciation entre écriture web et écriture multimédia.
- L’écriture web c’est adapter un peu son écriture texte. Avec des liens, du positionnement SEO…
- L’écriture multimédia c’est utiliser des vidéos, photos, sons, graphiques et les intégrer directement à l’article.
Il donne l’exemple de Rue89 pour illustrer cette différence. Au début, ils reprenaient le modèle de la télé. Une vidéo et un mini texte de « lancement ». Aujourd’hui ils essaient d’articuler les vidéos et éléments multimédias à l’intérieur du texte.
Il faut aussi selon lui savoir s’adapter aux lecteurs. Par exemple, un internaute sur support mobile ou bien au travail, aura plus de mal à regarder une vidéo. Rue89 extrait donc le contenu le plus intéressant et le copie en texte. Par ailleurs, il faut apprendre à se limiter. Internet a beau être un espace sans limites, il faut se restreindre.
Anne Sophie Bailly, journaliste à l’Echo souligne que tous les journalistes y sont formés au web et fournissent du contenu. Le site donne la priorité au contenu pas au contenant. Les journalistes peuvent donc produire pour le site, le mobile, le papier…
Gilles Bruno a l’aide de quelques exemples montre les dangers du rich media. Ainsi Télérama qui coince un diaporama sonore sur une seule colonne, avec une side bar bien trop large qui nuit au contenu. Le Post.fr avec des contenus préformatés lui pose aussi problème.
=> A lire le très bon article sur le sujet : Le multimédia en vaut-il la peine ?
Produire et réaliser des webdoc aujourd’hui : libertés et servitudes ?
Avec Jean Abbiateci (Journaliste et réalisateur de Haïti : la route de la faim & Africacospie), Noam Roubah et Olivier Lambert (Réalisateur et producteur de Brèves de trottoirs), Bruno Masi et Guillaume Herbaut (Journalistes et réalisateurs de Retour à Tchernobyl)
Rien de marquant n’est ressorti de cette conférence à mon sens mais l’optimisme n’est pas de rigueur. Brève de Trottoir n’est pas rentable (Fr3 Ile De France le diffuse gratuitement) et Africascopie avait tout juste permis à Jean Abbiateci et Antonin Sabot de se payer.
Les 5 intervenants défendent tous une vision d’auteur avant tout. Leur travail est-il la nouvelle évolution du documentaire ? Ils préfèrent ne pas répondre, le milieu du documentaire serait assez « susceptible »….
Enfin Jean Abbiateci souligne que proposer un projet tel qu’un webdocumentaire est bien plus facile pour un journaliste indépendant, à l’extérieur des rédactions.
Je posterais la seconde partie des Entretiens dès demain soir. En attendant, je vous invite à consulter le site de l’Obsweb et celui de Webullition où seront postés d’autres comptes-rendus des débats.
A propos de Jérémy
Nomade et l’esprit en vacances, un pied à Orléans ou ailleurs et l'autre dans ma Bretagne natale. Journaliste multimédia, un peu de webdocu, une bonne dose d'écriture et beaucoup de réseaux sociaux sont au menu... Revendique la paternité des biographies de l'ensemble des auteurs sur ce blog.
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