Anorexie, explications (attention ça pique)

Mesure du tour de taille

Tout a commencé avec le décès d’Ana Carolina Reston, top model. Trop maigre pour continuer à défiler vivante, elle en est morte. D’anorexie. Quel grossièreté alors ! Elle avait fait hurler les spectateurs devant les podiums et la vox populi derrière leurs écrans.

Et puis il y a quelques temps maintenant, en 2007, Isabelle Caro posait pour Olivero Toscani, campagne contre l’anorexie No-Lita. Un vrai buzz, du 4 par 3 de peau et d’os, et de grands yeux qui puaient la mort. Interdite en France. En la regardant, on pouvait y lire qu’elle ne s’en sortirait pas, qu’elle en mourait déjà. Déjà, parce qu’en réalité, les troubles du comportement alimentaire tuent alors même que la victime n’a pas ses trois électroencéphalogrammes plats, critère de mort cérébrale qui donne raison au corps médical pour déclarer à un mort, sa mort.

L’anorexie, la boulimie, on en meurt, c’est certain. On y survit aussi, avec des symptômes plus ou moins chroniques. Soit, c’est un fait. Mais au delà de la banale interprétation, qui consiste à dire que les victimes (ou ex-victimes) ont été imprégnées par la société occidentale et happées par les diktats de la mode, il y a d’autres causes. Celles dans l’obscurité, tellement plus douloureuses pour ceux que l’on taxe, à tort, de moutons de panurge, esclaves d’un système qui voudrait que ce qui est mince est beau. Et que la norme se trouve affichée sur une balance digitale avec mesure du taux de masse grasse. N’accablons pas une société qui déjà se trouve coupable de tous les maux. Ou alors creusons plus loin, au-delà de la fameuse partie émergée de l’iceberg, à savoir la peau sur les os ou les glandes parotides gonflées.

Ces causes, multiples, variables, complexes, on ne les évoque jamais de façon brute, toujours à demi- mot. Parce qu’elles font peur, parce que c’est tabou encore. Parmi elles, en vrac, on trouve les violences familiales, le viol, l’inceste, le manque de reconnaissance en tant que personne, l’immense vide d’amour, la place au sein de la famille, de la fratrie, l’absence d’estime de soi, le cauchemar de l’échec, le traumatisme de la perte d’un être cher, d’un pilier. Tout ça prend racine au sein de ce que l’on appelle couramment l’enfance, l’adolescence. Et se perpétue jusqu’à trouver dans les troubles du comportement alimentaire une cause, un but à sa vie. Cette chose à maitriser, le comportement alimentaire et l’apparence corporelle toujours insatisfaite, reste et s’installe parce qu’au delà du quotidien maladif plus rien d’existe. La peur de perdre le contrôle qui l’entraîne à toujours vouloir perdre plus, à aller vers sa mort, l’anorexique l’utilise pour survivre. Paradoxal, non ?

Inutile d’enfermer les anorexiques, de les gaver à coup de sonde naso-gastrique, de les priver de courrier ou de visites de proches en cas d’hospitalisation, nécessaire en cas de sous-poids mais aussi pour une baisse du taux de potassium si vomissements volontaires, en cas de poids normal ou de surpoids, le corps est en danger. Non, utile en revanche d’utiliser les thérapies familiales, comportementales, analytiques, etc. Utile aussi un suivi somatique en plus d’une thérapie, d’un isolement du cadre familial ou quotidien mais sur proposition au patient. Et avec son accord. La force n’a jamais rien résolu.

Alors inutile également de taxer la mode, de la prendre pour responsable d’un mal plus enraciné encore que la vision des mannequins faméliques défilant sur les podiums. Il est faux d’attribuer cette souffrance à la vue de simples images sur papier glacé. Tout comme il est trop facile de préférer se voiler la face quant aux différentes causes réelles. Qui ne s’enfile pas la moitié d’un paquet de biscuits en cas de déprime passagère ? Qui n’a jamais perdu l’appétit au décès d’un proche ? Mettez ça en lien avec une sensibilité décuplée et exacerbée par une situation familiale cahotique (un divorce, le décès d’un parent proche pour l’adolescent ou l’enfant, repère, seul confident, un inceste, des violences parentales ou familiales ou extra-familiales) et vous pourrez obtenir un mélange détonnant appelé troubles du comportement alimentaire. Le problème est sociétal, certes, mais ne prend pas forme avec des mannequins de papier glacé.

Bien loin de la mode et de son influence minime. L’anorexique envie peut-être ces mannequins, mais les mannequins squelettiques n’en sont pas responsables.

Photo Charlotte Astrid (CC Flickr)

A propos de Claire

Artiste, photographe, auteure, journaliste, mordue de travail et adepte des triples vies en une seule …Gravitant à l'ENS/EHESS et chez OWNI en même temps, cette journaliste trouve le temps de participer à l’émission la plus folle de la capitale : « Paris tout nu ». Et parfois dormir un peu. Fun Fact : fait la fête au champagne.

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  • Anonyme

    Pourtant dans des contrées où la télévision moderne est arrivée récemment et avec elle les idéaux de beautés blondes plutôt minces, les troubles du comportement de type anorexique ont augmenté de façon trop énorme pour être dus au hasard. C’est vrai, ils existaient déjà. C’est vrai, les images de squelettes érigés au rang d’idéal n’ont rien arrangé, au contraire. Donc il y a une part de responsabilité à prendre quand on publie des images qui peuvent influencer quantité de jeunes filles … même si beaucoup d’entre elles ont peut être déjà des problèmes et si beaucoup d’autres verront ces images sans avoir aucun complexe par la suite.

    • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

      Tu le dis toi-même, beaucoup d’entre elles ont peut-être déjà des problèmes: la faille narcissique de départ n’est pas causée par la mode dans ces cas-là mais permet de dissimuler ce qui cloche ou ce qui a pu clocher. La part de responsabilité (et ce n’est qu’un avis perso) de la mode est quelque chose de minime.
      Même si effectivement être blonde et mince ça peut-être tendance ;-) (quoique les brunes ne sont pas en reste non plus…).
      Merci d’avoir pris le temps de commenter.

      • Anonyme

        Mais vu l’impact que la mode a sur les gens qui ont déjà des « prédispositions » a développer ces maladies et vu leur nombre, on ne peut pas du tout dire que leur responsabilité est minime! Ni dire qu’ils sont entièrement responsable. Si l’ideal de beauté correspondait a des femmes et des hommes en pleine forme c’est a dire avec les kilos qui leur faut, les malades auraient quand même des troubles alimentaires sans doute pour rester dans leur poids idéal par exemple mais ne viseraient pas la maigreur a tout prix.

        • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

          Nina, désolée, mais le but n’est pas de ressembler à des mannequins, je répète. C’est de disparaitre et même à 35 kilos pour 1,65m, elle ne sera jamais satisfaite et cherchera à perdre toujours plus. Si l’idéal était celui des mannequins, que fais-tu des nana comme Isabelle Caro? Elle avait largement dépassé le stade de la maigreur d’un mannequin lambda non?
          Ce raisonnement face à la mode m’étonnera toujours. Je doute fortement que Catherine de Sienne ait eu à sa portée un magazine féminin type Glamour, Femme Actuelle ou autre… Et pourtant elle passait son temps à jeûner. Au XIVè siècle.
          1900, un cas à la Salpétrière. Et d’autres encore. Historiquement, le symptôme n’est absolument pas nouveau.
          Et encore une fois les anorexiques ne cherchent pas à atteindre un idéal de beauté.

          (commentaire sans animosité de ma part)

          • Faraway

            Tout à fait d’accord. L’anorexie n’est pas motivée par un idéal de beauté. Même dans les cas où la personne revendique ça. Personne n’est prêt à mourir ou frôler la mort pour ça, pour rien. C’est beaucoup plus complexe. J’crois que c’est quelque chose qui dépasse complètement la personne.

  • Pingback: Les tweets qui mentionnent Anorexie, explications (attention ça pique) -- Topsy.com

  • Tips

    Ouai enfin, je veux bien que la mode ne soit pas LA cause, mais quand tu entends des abrutis, dire à une nana qui taille du 34 avec 1 gros col roulé qu’elle est « grosse » et qu’il faut qu’elle perde du poids car sinon elle ne défilera pas… Quelque part, j’imagine que ça joue aussi « un peu ». De même, quand tu entends des gamines de 7-8 ans, dire qu’elles ne veulent pas manger car elles ne veulent pas grossir, car la la TV, comme à l’école ou dans la société d’ailleurs, les gros sont des parias, ça aussi, je pense que ça joue. Alors certes, ce ne sont pas forcément les causes les plus importantes, mais il est facile d’imaginer l’impact que cela peut avoir sur les jeunes, et à fortiori sur l’image qu’ils/elles vont avoir d’eux même en grandissant.

    • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

      Bien sûr que la mode peut être mise en cause, par l’image qu’elle véhicule. Mais ce que j’aimerai nuancer c’est son impact, il ne s’agit pas de dire que la mode n’est pas LA cause. Plutôt que c’est trop facile de désigner les défilés et ce qu’ils peuvent renvoyer comme choses aux gamines. Le truc c’est surtout que la mode est l’arbre qui cache la forêt des multiples causes. Et que ces oeillères sont pratiques…

  • NinaSotteFille

    Pourtant dans des contrées où la télévision moderne est arrivée récemment et avec elle les idéaux de beautés blondes plutôt minces, les troubles du comportement de type anorexique ont augmenté de façon trop énorme pour être dus au hasard. C'est vrai, ils existaient déjà. C'est vrai, les images de squelettes érigés au rang d'idéal n'ont rien arrangé, au contraire. Donc il y a une part de responsabilité à prendre quand on publie des images qui peuvent influencer quantité de jeunes filles … même si beaucoup d'entre elles ont peut être déjà des problèmes et si beaucoup d'autres verront ces images sans avoir aucun complexe par la suite.

  • Tips

    Ouai enfin, je veux bien que la mode ne soit pas LA cause, mais quand tu entends des abrutis, dire à une nana qui taille du 34 avec 1 gros col roulé qu'elle est « grosse » et qu'il faut qu'elle perde du poids car sinon elle ne défilera pas… Quelque part, j'imagine que ça joue aussi « un peu ». De même, quand tu entends des gamines de 7-8 ans, dire qu'elles ne veulent pas manger car elles ne veulent pas grossir, car la la TV, comme à l'école ou dans la société d'ailleurs, les gros sont des parias, ça aussi, je pense que ça joue. Alors certes, ce ne sont pas forcément les causes les plus importantes, mais il est facile d'imaginer l'impact que cela peut avoir sur les jeunes, et à fortiori sur l'image qu'ils/elles vont avoir d'eux même en grandissant.

  • Faraway

    Merci pour cet article, ça fait du bien de lire des choses sensées et que les choses soient (re) mises à leur juste place. Juste un point sur lequel je ne suis pas tellement d’accord, même s’il ne tient pas une grande place dans le sujet. « La force n’a jamais rien résolu » : certes, mais dans certains cas, la force est nécessaire, même si elle ne résoud pas le problème, bien évidemment. Elle peut parfois éviter une fin macabre, laisser une chance de.

  • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

    Bien sûr que la mode peut être mise en cause, par l'image qu'elle véhicule. Mais ce que j'aimerai nuancer c'est son impact, il ne s'agit pas de dire que la mode n'est pas LA cause. Plutôt que c'est trop facile de désigner les défilés et ce qu'ils peuvent renvoyer comme choses aux gamines. Le truc c'est surtout que la mode est l'arbre qui cache la forêt des multiples causes. Et que ces oeillères sont pratiques…

  • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

    Tu le dis toi-même, beaucoup d'entre elles ont peut-être déjà des problèmes: la faille narcissique de départ n'est pas causée par la mode dans ces cas-là mais permet de dissimuler ce qui cloche ou ce qui a pu clocher. La part de responsabilité (et ce n'est qu'un avis perso) de la mode est quelque chose de minime.
    Même si effectivement être blonde et mince ça peut-être tendance ;-) (quoique les brunes ne sont pas en reste non plus…).
    Merci d'avoir pris le temps de commenter.

  • NinaSotteFille

    Mais vu l'impact que la mode a sur les gens qui ont déjà des « prédispositions » a développer ces maladies et vu leur nombre, on ne peut pas du tout dire que leur responsabilité est minime! Ni dire qu'ils sont entièrement responsable. Si l'ideal de beauté correspondait a des femmes et des hommes en pleine forme c'est a dire avec les kilos qui leur faut, les malades auraient quand même des troubles alimentaires sans doute pour rester dans leur poids idéal par exemple mais ne viseraient pas la maigreur a tout prix.

  • Faraway

    Merci pour cet article, ça fait du bien de lire des choses sensées et que les choses soient (re) mises à leur juste place. Juste un point sur lequel je ne suis pas tellement d'accord, même s'il ne tient pas une grande place dans le sujet. « La force n'a jamais rien résolu » : certes, mais dans certains cas, la force est nécessaire, même si elle ne résoud pas le problème, bien évidemment. Elle peut parfois éviter une fin macabre, laisser une chance de.

  • http://emscafe.blogspot.com/ M1

    Très bon article ! une bonne analyse, un bon début de réflexion. Je me suis toujours dit que l’anorexie était quelque part un comportement suicidaire. Mais je pense que c’est trop facile, pour certains, d’accuser les standards que véhiculent la mode.

    • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

      Merci M1 ;-)
      Suicidaire, ne sais pas, mes recherches ne m’ont pas poussée assez loin pour savoir…

  • http://emscafe.blogspot.com/ M1

    Très bon article ! une bonne analyse, un bon début de réflexion. Je me suis toujours dit que l'anorexie était quelque part un comportement suicidaire. Mais je pense que c'est trop facile, pour certains, d'accuser les standards que véhiculent la mode.

  • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

    Nina, désolée, mais le but n'est pas de ressembler à des mannequins, je répète. C'est de disparaitre et même à 35 kilos pour 1,65m, elle ne sera jamais satisfaite et cherchera à perdre toujours plus. Si l'idéal était celui des mannequins, que fais-tu des nana comme Isabelle Caro? Elle avait largement dépassé le stade de la maigreur d'un mannequin lambda non?
    Ce raisonnement face à la mode m'étonnera toujours. Je doute fortement que Catherine de Sienne ait eu à sa portée un magazine féminin type Glamour, Femme Actuelle ou autre… Et pourtant elle passait son temps à jeûner. Au XIVè siècle.
    1900, un cas à la Salpétrière. Et d'autres encore. Historiquement, le symptôme n'est absolument pas nouveau.
    Et encore une fois les anorexiques ne cherchent pas à atteindre un idéal de beauté.

    (commentaire sans animosité de ma part)

  • http://twitter.com/CBerthelemy CBerthelemy

    Merci M1 ;-)
    Suicidaire, ne sais pas, mes recherches ne m'ont pas poussée assez loin pour savoir…

  • Faraway

    Tout à fait d'accord. L'anorexie n'est pas motivée par un idéal de beauté. Même dans les cas où la personne revendique ça. Personne n'est prêt à mourir ou frôler la mort pour ça, pour rien. C'est beaucoup plus complexe. J'crois que c'est quelque chose qui dépasse complètement la personne.

  • Eldoreen

    Je voulais dire que c’est un article très bien écris et plus que réaliste. Je vois qu’il soulève beaucoup d’opposition, mais je pense que Claire tu as tout à fait raison sur LES causes insidieuses qui poussent les troubles alimentaires. C’est l’envie de ne plus être, l’envie de se faire de disparaître pour ne plus souffrir d’une cause bien ancré en soi, dans son psychisme. D’accord la mode peut véhiculé un mal être une envie de maigrir mais pas à aller jusqu’à l’anorexie, jusqu’à la pathologie.

    Bref tout ça pour dire, que je trouve cet article remet les choses dans le bon ordre sur LES vrais causes de cette maladie.

  • Eldoreen

    Je voulais dire que c'est un article très bien écris et plus que réaliste. Je vois qu'il soulève beaucoup d'opposition, mais je pense que Claire tu as tout à fait raison sur LES causes insidieuses qui poussent les troubles alimentaires. C'est l'envie de ne plus être, l'envie de se faire de disparaître pour ne plus souffrir d'une cause bien ancré en soi, dans son psychisme. D'accord la mode peut véhiculé un mal être une envie de maigrir mais pas à aller jusqu'à l'anorexie, jusqu'à la pathologie.

    Bref tout ça pour dire, que je trouve cet article remet les choses dans le bon ordre sur LES vrais causes de cette maladie.

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