Comment Twitter a privatisé IRC
C’est un fait, je suis accro à Twitter. Comme je l’étais avant à IRC. Ce qui soulève en moi des questionnements existentiels. En fait, ce ne serait pas parce que Twitter est une resucée d’IRC faite pour flatter mon ego ?
Oui oui, IRC, le protocole de messagerie vieux comme le monde. Celui où on s’identifie sur un serveur avec un pseudo, un « nom réel » et une bio. Celui où on discute sur des #salons avec des messages courts. Celui où on peut se constituer une liste d’amis et discuter en privé. Celui aux clients qui mettent en valeur (highlight) les mentions et autocomplètent les noms. Vous connaissez DansTonChat ? C’est 90% d’IRC.
Twitter reprend le concept en le simplifiant et en le fermant : un seul serveur (propriétaire), un site web unique (avec lien unique pour chaque contenu), des publicités contextuelles et l’obligation de se plier à ses règles pour utiliser le service.
Pourtant, bien avant le breaking newsage lolant et l’onanisme sur le nombre de followers, IRC était un moyen sûr et rapide d’échanger de l’information, de la plus utile à la plus futile, la communauté passant avant l’individu. Tout ça avec la liberté de monter son propre serveur, utiliser n’importe quel client et échanger ce qu’on veut, paroles ou fichiers.
X-Chat ne peut accéder à irc.twitter.com
Sauf que… Sur l’Internet multimédia mondial, la tendance est passée des protocoles ouverts aux API (outils de programmation) fermés créées par des sites aux bases clients énormes. Dans le premier cas, vous pouvez faire ce que vous souhaitez de la technologie : l’utiliser, la bidouiller, voire y contribuer.
Dans le second cas ? Tout au plus utiliser les fonctions permises, dans les conditions permises sans garantie que ces conditions d’utilisations ne soient maintenues.
C’est le piège que Twitter a tendu aux développeurs, qui ont créé une constellation de produits autour de son API. Bien sûr, ça a permis l’arrivée de très bons services comme Twitpic ou Trunk.ly et des applications comme Twidroyd ou Tweetdeck. SAUF QUE.
Sauf qu’après avoir laissé prospérer toute une foule de services autour de ses 100 miilions de comptes, la société a racheté l’application mobile la plus populaire (Tweetie), interdit que le nom d’un produit tiers évoque le sien et… veut finalement supprimer les applications dédiées à Twitter seul. Bel esprit hein ?
Une autre des réussites du piaf est de vider les services tiers restants de leurs revenus publicitaires. Comment ? Avec le #NewTwitter, tout bêtement. Afficher directement sur le site et les applications officielles les contenus de Twitpic, Yfrog, Youtube et autres sans inciter à visiter leurs sites (et donc leurs publicités) ne doit pas être un pur acte d’altruisme.
Le bacàsablisme d’IRC est loin.
Bye esprit communautaire, JE VEUX EXISTER
Déjà que le comportement de Twitter n’est pas des plus mignons, c’est bien celui de ses utilisateurs qui me répugne le plus.
Quand je parlais d’un IRC modifié (remember le début), c’était dans deux sens : la privatisation du service et le passage d’une logique communautaire à une logique individualiste.
Ainsi, le flux principal (timeline) n’est plus celui d’un salon mais une construction faite de tous les abonnements (followings), les listes d’utilisateurs personnalisées sont aussi importantes que les #hashtags.
Des #hashtags d’ailleurs bridés à une durée limitée, là où beaucoup de serveurs et clients IRC permettent de sauvegarder les conversations (et même établir des statistiques rigolotes). Pro-tip : si une discussion vous intéresse, sauvegardez-le sur un service tiers ou enregistrez la page.
Et puis, il y a cette course à l’ego, bâtie sur le message « Quoi de neuf ? ». Une course qui amène des imbéciles à réclamer des followers pour avoir un compte rond ou permet à certains douteux de faire croire à leur expertise social mediatesque en s’abonnant en masse dans l’espoir de retours. Des gens qui oublient que le message est plus important que la personne.
Il est donc peu étonnant que ce soit devenu un nid des journalistes, marketeux gerbants et autres personal brandeux à objectif professionnel aveuglant. Fait révélateur, la personnalité française la plus suivie, @jeanlucr, serait avant tout sur Twitter « pour la notoriété » selon son autoproclamé ami @desfarges (accessoirement un de mes profs).
Et les alternatives ?
Côté alternatives, il faut regarder du côté de Status.net et SeenThis.
Status.net est un équivalent installable sur son propre serveur, qui met bien plus en avant les flux communs que les timelines personnelles. Une réinterprétation plus libre donc, mais aussi moins léchée. Les flemmards peuvent s’inscrire sur le serveur Identi.ca, qui est supporté par un nombre croissant de clients normalement dédiés au seul Twitter.
Il y a aussi SeenThis, qui fait de chaque message original un fil de discussion, avec une intégration directe des contenus multimédias, pour que ce soit plus joli. L’intérêt n’est pas immense, mais l’esprit communautaire y regagne.
Sinon vous pouvez aller sur 4chan, mais je ne réponds pas de ce que vous y trouverez.
Pour finir, un peu de « culture Nolife » dont sont si friands beaucoup de pseudo-geeks twittereux. Bonne nuit.
Photo (CC) : locks par Daruman
A propos de Reguen
Ils sont trendy, ils sont partout : les geeks. Cet énergumène va lui plus loin, à la frontière du nerd. Passionné de culture asiatique (terme ici utilisé pour remplacer le moins politiquement correct hentai) et d'Android, il vous emmènera là où vous n'auriez jamais voulu aller, mais vous reviendrez...

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