V : la SF pour le devoir de mémoire ?
Commençons par le commencement. J’ai une… lubie dira-t-on poliment. Je suis capable de fouiller jusque dans les tréfonds du web sur n’importe quel sujet. Ca va me prendre comme ça d’un seul coup sans explication. Dernier en date : la série V. Comme nombre d’entre vous, j’avais déjà regardé la série originelle (ceux qui ne savent pas que l’actuelle est un remake : dehors) mais uniquement de manière parcellaire. Je l’ai donc récupéré (par des moyens totalement légaux bien sûr) et là, le choc visuel, c’est des naziiiiis !
Les origines
L’histoire originale était une adaptation du roman de Sinclair Lewis, « It can’t happen here », dans lequel un politicien met un régime fasciste en place aux USA. « Storm Warning », le nom proposé pour cette adaptation sera rejeté. Surfant sur le succès que connaît alors Star Wars (les 3 premiers hein), le scénariste s’oriente vers une invasion d’aliens eux aussi fascistes.
Le projet est adopté et développé sous la forme d’une première mini-série « V » puis « V: The Final Battle » avant d’avoir le droit à une saison complète « V : The Series ». A noter que les studios avaient déjà pris de mauvaises habitudes. L’épisode 19 se finissant sur un cliffangher digne de ceux de Stargate (franchise qui n’aura terminé aucune de ses séries correctement…).
Le remake de 2009 repart lui sur des bases complètement différentes (hormis Jane Badler qui jouait la grande méchante dans la série originale) avec une nouvelle arrivé sur Terre, des visuels et des objectifs complètement différents.
A lire aussi le très bon « K » de Daniel Eastermann, traitant d’une thématique proche où le Klu Klux Klan a pris le pouvoir et veut s’allier à l’Allemagne fasciste. L’auteur y pousse ainsi la comparaison jusqu’à faire une liste des camps de concentration sur le territoire américain.
Les références au nazisme
- 1983 – 1984
Si le scénario de départ supposait déjà de nombreux liens au nazisme, la série est très vite devenue une véritable mine de références nazies.
Uniformes militaire, propagande, symbole rappelant étrangement la swastiska… les symboles et procédés « grand public » rappellent déjà étrangement les nazis.
Toutefois la ressemblance est encore plus frappante quand on rentre dans la partie « dissimulée » : camps de concentrations, dictateur au sommet d’un état militarisé (on ne voit que très peu de femmes et d’enfants et aucun civil), lavages de cerveaux… Mais surtout la chasse à une population bien précise. Là ou Hitler visait les juifs, ce sont les scientifiques qui sont la cible des Visiteurs craignant d’être démasqués par ces derniers.
« Freedom Network », l’émission télé du monde libre n’est elle pas sans rappeler Radio Londres.
Enfin l’environnement général est là aussi très familier. Une population humaine qui se divise entre collaborateurs, spectateurs passifs et résistants, ces derniers menant des actes que le gouvernement officiel qualifie de « terrorisme ».
De la même manière que le manifeste du Parti Nazi avait offert de l’espoir aux Allemands pendant la Grande Dépression, les Visiteurs arrivent avec des promesses de guérir toutes les maladies, la faim dans le monde…
- 2009
Certains blogueurs jugent que le remake abandonne totalement la symbolique nazie. Pourtant on peut noter plusieurs éléments qui s’en rapprochent.
Les « ambassadeurs de la paix » s’ils n’ont pas l’aspect paramilitaire des « jeunesses hitlériennes » sont réellement endoctrinés. Le véritable objectif de ce programme est toutefois plus de faire monter à terme des personnes qui subiront des expériences dans le cadre de « Live on Board ».
C’est d’ailleurs ce second point qui me semble le plus proche du IIIe Reich. L’objectif d’Anna à travers ces expériences est en effet de récupérer les meilleures souches d’ADN possibles pour donner naissance à une nouvelle race supérieure de Visiteurs tout en anéantissant ceux qu’elle juge inférieurs.
Devoir de mémoire
Commençons par la définition ce terme.
Un devoir moral attribué à des États d’entretenir le souvenir des souffrances subies dans le passé par certaines catégories de la population, surtout lorsqu’ils en portent la responsabilité.
Derrière V, il y a le rappel selon lequel « la démocratie peut être renversée par le charisme et les réponses faciles et à quel point l’envie, la cupidité et le mécontentement peuvent être la base du pouvoir des leaders fascistes » explique Anthony Leong, collaborateur freelance à Variety.
En tendant un miroir vers le passé à un important public (80 millions de télespectateurs pour les premiers épisodes), V permettait aussi de maintenir dans l’imaginaire collectif le souvenir des atrocités. C’est sans doute aussi la raison pour laquelle l’idée originale a été abandonnée, l’idée d’USA fascisants en pleine guerre froide aurait sans doute été mal comprise par le public.
La série joue aussi sur le registre de l’uchronie. Ainsi, lors d’un journal de « Freedom Network », on apprend l’union des blancs et des noirs en Afrique du Sud pour contrer les Visiteurs. Or à ce moment là, l’Apartheid y est toujours d’actualité dans notre « réalité ». Ce n’est là qu’un élément identifié dans l’ensemble des bouleversements que l’on peut supposer, l’URSS n’étant jamais évoqué au contraire de Berlin « ville unie » et résistant à l’envahisseur.
L’union des différents peuples de la Terre contre l’envahisseur est un des éléments-clés de la série. Une fois les Visiteurs démasqués pour ce qu’ils sont (des lézards mangeant les humains), « l’Union Sacrée » à l’exception des collaborateurs est de mise. Un voeu pieu de l’auteur pour la réalité ? Une interview qu’il a donné en 2009 semble confirmer cette impression.
J’ai grandi dans une famille très bigote et antisémite. Malgré tous les mots de haine raciale que j’ai pu entendre au quotidien, cela ne m’a pas atteint, car je savais que c’était absurde. Quand j’ai été capable de faire des commentaires sur l’intolérance, la discrimination et les préjugés je l’ai fait. C’est pourquoi cette thématique est récurrente dans mon travail.
- Pourquoi était-ce important dans les années 80 de prévenir les gens des dangers du fascisme ?
Les travaux de Sinclair Lewis and Bertolt Brecht ont été une vraie source d’inspiration pour moi sur la manière dont un changement radical et qui ne devrait pas arriver peut affecter la vie des gens. J’ai été intrigué par la manière dont les gens ordinaires réagissent à des situations extraordinaires.
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La thématique du devoir de mémoire, se retrouve aussi notamment dans la série « Cuéntame cómo pasó » qui revisite le passage du franquisme à la démocratie en Espagne ou même dans « Code Quantum » qui retrace certains passages clés de l’histoire américaine comme la ségrégation.
En terme d’uchronie, la série Sliders propose aussi quelques cas intéressants : la guerre d’Indépendance des USA n’a jamais eu lieu, le pays est resté un véritable paradis des armes à feu comme au Far-West ou encore un monde nazi à l’exception des USA. Par ailleurs les « Kromaggs » (les méchants), présentent eux aussi de nombreux points communs avec les nazis.
En 2008, Kenneth Johnson a sorti un livre qui était sa vision de V : The Second Generation. S’il a été refusé par les studios qui lui ont préféré le remake, un livre est sorti des scripts déjà écrits.
Photo (CC) : Chris_Carter
A propos de Jérémy
Nomade et l’esprit en vacances, un pied à Orléans ou ailleurs et l'autre dans ma Bretagne natale. Journaliste multimédia, un peu de webdocu, une bonne dose d'écriture et beaucoup de réseaux sociaux sont au menu... Revendique la paternité des biographies de l'ensemble des auteurs sur ce blog.
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