Contre le harcèlement de rue

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Souvent, dans des conversations, je me vois obligée  d’expliquer que je suis féministe et qu’il faut passer par la réacceptation de la femme comme être humain et non comme objet, que c’est une urgence pour vivre dans une société sereine. Parce qu’il faut être un homme, ou une femme qui aurait incroyablement intériorisé la place que le patriarcat lui offre, pour ne pas remarquer à quel point être une femme, même en France, même en 2011, est difficile au quotidien.
On a l’habitude de cette difficulté : dès l’enfance, nos parents nous apprennent à nous comporter « convenablement », pour ne pas troubler qui que ce soit. On nous apprend notre genre social, ici: la femme. Peu importe la classe sociale, le rôle de la femme dans notre société est encore d’être un faire-valoir pour l’homme, ou un exutoire, selon l’humeur (de l’homme, bien sûr). Ainsi, éviter de se promener en jupe trop courte : ça pourrait exciter le mâle. Ne pas parler aux inconnus. Pas de décolleté dans la vie quotidienne : qui a envie d’être considérée comme une salope ?

Si tu ne t’habilles pas convenablement et qu’un homme te viole dans la rue, c’est ta faute, ma chérie, sache-le et intériorise-le dès le plus jeune âge. De toute façon, personne ne nous apprend à nous battre : ce n’est pas correct pour une fille. La danse, à la limite le tennis, mais surtout pas se battre. Pourtant, ce serait tellement utile parfois !

On a toutes vécu des scènes dans la rue ou dans les transports publics où une seule pensée, obsessionnelle, survient : comment, en 2011, en France, on en est encore à ce stade-là ?

Cet homme qui me susurre à l’oreille dans le métro « Et tu fais l’amour ou tu baises ? » et ricane — et que tout le monde pense que ce n’est rien que de très normal. Ces persistants « Eh, tu prends combien ? » et cette habitude de s’entendre répondre « Tu es raciste, hein, c’est pour ça que tu réponds pas à un Noir » quand on décide d’ignorer les propos sexistes. Ce petit ami qui croit agir en vertu d’un « devoir conjugal » qui n’existe nulle part. De toute façon, femme, tu n’es là que pour ça, tais-toi et accepte ton sort.

Accepter ? Non, il n’est pas l’heure. Même si la fatigue pointe quand on croise la lassitude dans le regard de ceux devant qui on mentionne « féminisme ». Envie de tout balancer : il n’est pas l’heure d’accepter, pas même l’heure de se taire. Il est l’heure de rendre les coups. D’aller porter plainte pour chaque coup reçu, d’être reçue par un policier/gendarme qui dira, d’un air souriant : « On le retrouvera, ce bonhomme, il faudra qu’il rende des comptes pour tout ça ».

Ne pas accepter d’être traitée comme de la viande dans la rue uniquement parce qu’on a un vagin et des seins. Ne pas accepter qu’un homme se masturbe devant nous dans le métro et se dire « Il est dérangé, il souffre plus que moi ». Il a sans doute un problème, mais ce n’est pas mon rôle de femme de prendre sur moi jusqu’à ce qu’il le règle.

Ne pas accepter qu’un homme qui siffle sur notre passage nous « flatte ». Au contraire, en faisant ostensiblement remarquer qu’on est un bout de chair sur pattes, prêtes à l’emploi sexuel quand il en aura envie, il nous insulte. Non, un sifflement n’est pas anodin. Un « T’es bonne » est tout aussi grave : c’est le début.

Prenons les devants.

Je ne peux compter le nombre de fois où un autre homme m’a sauvée de l’embarras de ce que ces « mâles dominants » créaient en moi. Hélas, je peux compter le nombre de fois où des femmes ont été solidaires de ma peine. Je pense que la prochaine fois qu’on me répondra « Habitue-toi » ou « Il était sans doute malade », je hurle. Il faudra quand même que se faire insulter gratuitement juste parce qu’on est une femme cesse d’être normal.

Tous ces détours pour vous présenter ce site, Hollaback (France), qui veut lutter contre le harcèlement de rue. Témoignages, études et stratégies se côtoient. Je ne saurais souligner à quel point ce genre de démarches est essentielles. On n’est pas seules, toutes ensembles on peut vraiment parvenir à avancer !

Pour aller plus loin :
King Kong Théorie
de Virginie Despentes

Le site de la campagne d’Osez le féminisme, « Contre le viol : la honte doit changer de camp ! »
Illustration Flickr CC ChoufiPhone

A propos de Stéphanie

Étudiante en sciences humaines (anthropologie, sciences de l'éducation et vie), cette Bordelaise nourrit plusieurs passions : le monde de l'édition (notamment numérique), les féminismes, les livres… Fun fact : amoureuse secrètement de Pierre Bourdieu et de Franz Boas.

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