Facebook a compris les marketeux, Google les utilisateurs

Une poupée super heureuse

[Billet fanboyisme écrit rapidement] Google, ma société fétiche que j’adore pour son talent à retourner des concepts, vient de lancer Google+ en bêta privée. Et je dois le dire, ils ont compris tout ce à quoi Facebook ne songera jamais.

Vous avez bien lu le titre, l’intro et vous avez bien deviné que je n’ai pas encore touché au service. Alors pourquoi le billet enthousiaste ? Parce que le concept, présenté (et marketé, disons-le) comme il l’est, est exactement ce que j’attends d’un réseau social, à plus forte raison un venant de Mountain View.

Parce que j’ai beau apprécier Facebook pour le nombre de mes amis qui y sont présents (la plupart en étant de « vrais ») et son addictivité, je ne l’ai jamais pris pour plus qu’un MSN avec un profil complet. J’étais heureux, au lycée, sur mon MSN Messenger 6.1 avec mes dizaines de « contacts », à m’afficher « Disponible » et indiquer ce que j’écoutais (à la main puis avec un plugin Winamp). Le bon temps.

L'utilisateur de Facebook

L'utilisateur de Facebook

 

Tout ça pour quoi ? Echanger, socialiser, souvent avec des personnes que j’appréciais plus pour leur « pouvoir social » que pour leurs réelles qualités humaines. Puis MSN devint Live Messenger, intégra Spaces pour contrer Myspace et compagnie. Une entrée sur le web sans grand succès qui préfigurait déjà ce que deviendrait…

Facebook. Facebook, né en milieu universitaire, qui n’a jamais su réellement sortir de la frénésie de la sociabilité adolescente et étudiante. Le but est bien ici d’être sociable, public, de se montrer, soi, ses intérêts, sa « folie » qui désigne tout le monde et personne ainsi que son affection pour des objets (physiques ou non) et marques. Le tout dans une ambiance de (mal)saine ode à « l’amour » de tout et de rien, du simple commentaire à la multinationale.

Le rêve de tout marketeux qui se respecte. Qu’un utilisateur conseille, voire indique « aimer » une marque ou un produit à TOUS ses amis, qu’ils soient 100 ou 5000. Qu’ils soient de longue date ou juste rencontrés, qu’ils soient réceptifs ou non à la publicité classique. Sans parler de tous les abus liés à ce système, il est important de voir qu’absolument tous les sites à visée commerciale ont adopté le « Like », sans réfléchir à tous les problèmes qu’il pose pour l’avenir du Net et surtout la valeur de la « parole » de chaque personne.

Plus qu’un client à respecter, le fan est devenu une monnaie, une masse jugée bête et docile, un bétail qu’il faut « informer », amuser, divertir et surtout amasser. Du concours plus ou moins débile à la landing page forçant à « aimer » pour accéder au contenu, les techniques plus ou moins loyales sont légion, baissant de plus en plus la valeur de ces prétendus fans qui ne sont que l’indicateur de l’avidité d’une marque.

Facebook est aussi, comme l’était Microsoft avec MSN à l’époque, loin d’avoir un respect immense de ses « clients ». Enfin de ses produits, oserais-je dire. Car comme le veut l’adage sur Internet, « Quand vous ne vous payez pas pour un produit, vous êtes le produit vendu ». Les 700 millions de comptes clamés ne le sont pas pour le simple plaisir d’un esprit corporate débridé, mais bien pour toutes les marques et éditeurs de jeux sociaux (vous savez Zynga, ou PlayFish, racheté par EA) qui se font un plaisir de miner toutes les informations (sémantisées ou non) que vous y laissez. Pourquoi ? Pour « mieux vous connaître », donc obtenir de l’argent de vous par la suite ou vous faire acheter de petits objets numériques qui font tout le succès des Farmville et autres jeux sociaux freemium. Et puis il y a Google.

Après l’euphorie, la rationalisation

Alors non bien sûr, point de vue vie privée, Google n’a pas toujours été irréprochable. On peut même dire qu’ils sont vraiment branques par moments. Point de vue social non plus, ils n’ont pas été fameux. Buzz et Wave sont de vrais ratages « commerciaux », malgré toutes leurs qualités. L’un est quasi-abandonné quand l’autre a été tué trop tôt, au regard de son potentiel d’organisation génial.

Il faut pourtant se souvenir que Google, c’est Gmail et ses publicités robotisées qui ne m’ont jamais gâché la lecture d’un mail (depuis ma demande d’invitation en « day one »), le pratique Dashboard auquel je cherche toujours un équivalent dans une entreprise aussi tentaculaire ou le superbe Data Liberation Front.

Au fait, pourquoi j’aime tant le concept de Google+ ? C’est joli de déblatérer sur la superbe de Big Papy Brother, mais ça n’aide pas le propos. DONC.

Attention, Google vous surveille

Attention, Google vous surveille

 

De Google+, je retiens surtout la brique sociale pure, en clair Circles. Google a une compréhension profonde de la sociabilité en réseaux, construite autour des centres d’intérêts. Pourquoi ? Parce qu’aussi mal que ça me fasse de l’écrire, c’est une boîte de « geeks », des gens qui savent que dans un environnement numérique, rien n’est plus pénible que de répéter les schémas de sociabilité dans lesquels nous contraint la vie physique.

Vous vous souvenez de Diaspora ? Bon le projet n’est pas sorti en version finale mais il semble déjà enterré par les utilisateurs sur la foi d’une pré-alpha trop vite montrée. Pourtant il présentait une innovation intéressante, pas tant sur le fond que sur la forme, les Aspects : la possibilité de très simplement créer des groupes de contacts et gérer ses publications pour chacun d’eux. Comme le propose déjà bien Gmail, mais complètement adapté à un contexte social.

Parce que sur l’Internet multimédia qu’il faut réguler d’urgence, la sociabilité en réseaux n’a jamais aussi bien porté son nom. Tous les centres d’intérêt que je vois défiler sur mon infatigable flux Twitter m’ont amené sur différents sites, forums, salons IRC… Pour autant de communautés où je me suis fait des « amis » qui me racontent aujourd’hui leur vie sur Facebook. Problème : le flux fourre-tout qui fait le charme de Twitter est un calvaire sur Facebook, où les gens ne parlent pas de l’intérêt commun mais d’eux, à un public informe. Et les « listes » de plus faire acte de présence que de relever de la fonction maîtrisée.

Là, Google me propose simplement, par Circles (cercles d’amis par « réseau ») et Sparks (groupes d’amis par « intérêt »), de mieux réguler ce flux et la « dualité » de mes contacts, de leur aspect purement humain « civil » à leurs passions (décents ou non) qu’ils souhaitent partager en petit comité. En clair porter au privé deux aspects sociaux encore aujourd’hui « publics », répartis entre Facebook (scène de théâtre) et Twitter (90% d’inconnus).

Je ne parle pas de l’envoi de photo bien géré, ni du système de « chat » dont on sait peu, sinon qu’il faudra aimer les webcams pour profiter d’une discussion réellement synchrone.

Aussi, j’ai bon espoir qu’ils ne tombent pas dans la facilité de Facebook vis-à-vis des annonceurs. De par leur volonté affichée de prendre leur temps (lancement et tests) et surtout leurs traditions de la publicité discrète et de contrôle du datamining (d’autant plus sensible ici), je ne me fais pas grand souci. L’intérêt pour Google, en plus d’obtenir de nombreuses informations à mâchouiller, est bien de faire revenir du temps d’utilisation (et les publicitaires qui vont avec) perdus à Facebook. De l’intérêt pour eux d’intégrer « Plus » à tous leurs services et de construire de la confiance, quitte à le faire en opposition aux excès de Facebook. (Oui je viens de sortir une évidence pour quelqu’un avec deux doigts de jugeote, mais c’est une évidence assez rassurante.)

Je ne dis pas que Google+ va gagner ou changer les habitudes des accros à Facebook. Je remercie simplement Google de prendre la bonne approche du problème, de manière réfléchie et, semble-t-il, conviviale. Parce que c’est réellement ce que j’attends de ma vie sociale en ligne : une sortie d’un rush quotidien dans un web hyperactif, aux sollicitations constantes, pour pouvoir me concentrer sur ce qui fait que j’aime (ou pas, vive les clashs) les personnes que j’ai choisi comme amis.

Le partage, c’est aussi…

Systématiquement intégrer une vidéo à chaque fin de billet. Cette fois un super remix d’une « chanson » qui a marqué mon enfance d’amateur de télévision française : la scène du pudding à l’arsenic du meilleur des films Astérix. Oui, j’ai des goûts simples.

Photo (CC) : Shiny Happy People par s.o.f.t.
Photo du paon (CC) : Whos’s a pretty boy. par aussiegall.
Photo du chat (CC) : Spying par netzanette.

A propos de Reguen

Ils sont trendy, ils sont partout : les geeks. Cet énergumène va lui plus loin, à la frontière du nerd. Passionné de culture asiatique (terme ici utilisé pour remplacer le moins politiquement correct hentai) et d'Android, il vous emmènera là où vous n'auriez jamais voulu aller, mais vous reviendrez...

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