Lutter avec efficacité : une recherche d’appartement à Paris
Que celui qui n’a jamais cherché à se loger sur Paris ouvre grand les yeux : ce qui va suivre s’apparente à un effarement devant la médiocrité de l’offre et la bataille psychologique que représente la recherche d’un bien à louer. TOUS les biens à louer, de la cave à la place de parking en passant par le simple 3 pièces tant convoité.
Ceci est un mashup – pour ma maman, un mashup est un mix’ de choses qu’on regroupe en une seule – de tous les appartements visités sur Paris en 4 ans (deux types de recherche : un studio et un 3 pièces non trouvé à ce jour).
D’abord, fébrilement, on choisit le quartier, le métro, l’arrondissement pour éplucher les différentes possibilités qui s’offrent à nous pauvres locataires. En cherchant à deux ça peut parfois donner des conversations pour le moins surréalistes, vous verrez par la suite pourquoi :
Ah oui pourquoi pas je suis à dix minutes du bureau comme ça !
ou
Chouette là le quartier est simplement nickel pour nous, allons voir ce qui est proposé sur paBIP.fr.
Mais très rapidement, la première évidence. Ce n’est pas vous qui choisissez le quartier mais c’est le quartier qui vous choisit. Les recherches, pour des raisons stratégiques – mais nous allons voir que c’est anti- efficace de passer par le Oueb d’abord – vous montrent rapidement que certains quartiers ont un flux de déménagement plus conséquent que les autres. Voire par arrondissement. Vous rêvez d’un 3 pièces dans le Marais ? Non seulement vous pouvez toujours courir, mais en plus sachez qu’en tant que co-locataire vous êtes très mal vus. Vous êtes deux. Déclarez que vous êtes journaliste et chargé de prod’ (mais ne précisez jamais la qualité/durée de votre contrat !) et le propriétaire ne prendra peut-être même pas la peine d’examiner votre dossier épais comme un dictionnaire. Nous reviendrons sur le dossier ensuite.
Donc le quartier vous a choisi. Vous vous devez de l’aimer et de le chérir jusqu’à ce que le propriétaire vous dise non. Jusque-là, vous tombez en pâmoison, au choix : d’une une rue totalement miteuse dans laquelle vous savez pertinemment qu’il y a un couvre feu de rigueur pour les filles et de laquelle il faudra dire « Mais c’est tout mignon ces traces de vomi par terre » et on vous répondra « oui c’est chou hein, c’est le bar d’en face qui organise des soirées, ils sont pas bruyants si vous mettez des boules quiès, l’ancien locataire ne s’en est jamais plaint » (évidemment ! parfois c’est lui qui vomissait sur le trottoir), loin loin loin loin du métro mais ça à la limite c’est pas bien grave, un escalier de service large comme une gamine de treize ans dans lequel vous essayez de ne surtout pas vous demander comment va rentrer ce foutu clic-clac acheté une blinde l’an passé pour meubler votre 16m2, du parquet tellement inégal que vous manquez de coincer votre talon d’escarpins entre deux lattes (oui pour qu’on puisse vous louer quelque chose, il faut que vous ressembliez à quelque chose. Une femme active ça rentre dans le quelque chose).
Vous êtes amoureux donc – ou feignez de l’être – d’une belle merde en plein cœur de Paris avec vue sur la Tour Eiffel (si vous vous penchez sur une chaise en passant la tête par un mini vélux, seule source de lumière de la salle de bain dont le néon n’a jamais été changé). Là commence la visite, les choses sérieuses, vous vous y sentez déjà comme chez vous. Le lit ici, ah tiens la bibliothèque pourquoi pas là ? Tiens tu as vu on pourra brancher notre Box ici ! Chouette un mini lavabo, bon il manque une porte au meuble mais une porte hein à quoi ça sert de nos jours ? Après tout, on veut libérer les données alors libérons les portes ! Etc, etc. Le tout savamment orchestré devant le ou la propriétaire ébahi(e) par tant de ténacité à vouloir vivre dans une belle merde en plein cœur de Paris, la sienne donc. Mais que voulez-vous, on a rien sans rien. Dans l’appartement figurent parfois des anciens meubles du propriétaire – qui n’a vraiment mais alors vraiment aucun goût – et lorsque vous demandez s’ils vont rester là, les meubles, pas le propriétaire, on vous rétorquera « ah bah oui hein ». Ok j’aurais espéré réponse plus loquace mais soit, Madame, Monsieur estime que ses meubles ont une valeur qui leur permet de trôner au milieu du salon.
Arrive le moment tant attendu du « dépôt de dossier », en général 5 minutes après avoir visité l’appartement au pas de course – vous pensez bien que le propriétaire n’a pas que ça à faire, merci d’avance, bisous – on vous demande Votre Majesté le Dossier, qui tend à ressembler à un dossier de candidature pour bosser chez Thalès. C’est-à-dire qu’il ne manque que le casier judiciaire vierge et vous pouvez postuler. Un de nos derniers dossiers déposés, qui a été refusé parce qu’un pilote d’avion gagnait 7 000 euros et pas nous (putain 7 000 euros il aurait pu chercher un logement à un loyer plus élevé !) contenait :
- nos 3 dernières fiches de paie, soit 6
- un justificatif de domicile, soit 2
- la photocopie de notre carte d’identité, soit 2
- nos 3 dernières quittances de loyer, soit 6 là encore
- notre feuille d’imposition 2009, soit 4 (oui deux feuilles par colocataire)
- une attestation de l’employeur, soit 2
- nos deux CVs à jour, soit 2
- une lettre de motivation « Pourquoi on veut louer un endroit où on pourrait dormir »
- les 3 dernières fiches de paie de nos garants, soit 12 (4 garants * 3 fiches de paie)
- leur justificatif de domicile, soit 2
- la photocopie de leur carte d’identité, soit 4
- leur feuille d’imposition 2009, soit 2
Voici donc un dossier complet de 45 papiers. À vot’ bon cœur. Et puis là, c’est l’enchainement de drames. D’abord sachez que vous n’êtes pas tout seul. Non seulement vous avez pu voir vos petits compagnons d’infortune attendre dans l’escalier en colimaçon mais aussi vous avez jeté un œil sur la pile de dossiers déjà déposés. Mais le proprio est sympa et vous fait un clin d’œil en s’esclaffant :
Ah mais vous inquiétez pas, j’ai 5-6 dossiers intéressants mais le vôtre est vraiment pas mal – tu m’étonnes on s’est ruinées en photocopies et on a soudoyé nos parents, vous savez les garants là qui eux aussi sont propriétaires comme toi -. Allez je vous mets OK sur le dossier.
Mais c’est trop d’honneur, il ne fallait pas ! Vous jouez les malins mais au fond, vous êtes soulagés d’avoir passé le premier cap. Ah non c’est le 2ème ou le 3ème en fait : il y a les appartements qui sont vraiment trop chers à la fois pour vous et à la fois pour ce qu’ils sont et ceux qui sont déjà loués quand vous appelez une demi journée après parution de l’annonce. Donc le 3ème cap. Enfin un des cap parce qu’en réalité chaque geste au cours de la recherche est un cap. Bref. Ce cap franchi, vous pouvez vous dire à juste titre et la voix tremblante : ON A PASSÉ UN CAP CETTE FOIS ON LE TIENT ! Et là, ce cher propriétaire vous énonce ses conditions. Une petite perle pas plus tard qu’un dimanche après-midi il y a quinze jours – on était le onze septembre aussi hein alors … - après avoir bravé la pluie et les quelques étages sans ascenseur :
Vous comprenez, je sais que c’est illégal, mais je vous demande de payer deux mois de caution. Bah oui je viens de refaire la peinture alors…
Là vous feignez d’être vraiment mais alors vraiment absolument pas affecté par la monstrueuse somme qu’il va vous falloir sortir le premier mois s’il accepte de vous louer sa belle merde au cœur de Paris. Rapidement dans votre tête en regardant votre colocataire vous comptez. Et ça tombe sur 3 600 euros. Le propriétaire qui en a eu pour 150 euros de peinture est en train de vous demander de lui payer plus de 20 000 francs (oui je parle en francs c’est has been mais tellement … has been). Un sourire vers celui qui est en train de vous endetter sur un an avec votre banque et vous vous entendez dire :
Aucun souci !
Dans votre tête les mots « garce », « vol », racket », « OMFG comment on va faire si… » résonnent très fort. Si elle/il décide de bonne grâce de vous louer son bien, vous êtes dans une belle impasse financière. Qu’importe on est jeune on mangera des pâtes. Comment ça vous mangez déjà des pâtes alors que vous n’avez pas encore pris ce crédit ? Ah mais vous ne mangerez pas c’est tout. Je ne vois pas où est le problème.
Un conseil : Fuyez !
Un vrai conseil : les premières conversations que vous avez eu avec votre colocataire futur sur le choix de l’appartement dans un rayon de dix minutes de votre bureau sont bel et bien surréalistes. Prenez ce que vous trouvez et ce malgré tous les petits défauts que vous apercevez au moment de la visite, vous n’avez pas le choix.
PS : Seb Musset écrit de très jolis billets sur le mal-logement parisien. N’hésitez pas à lire « 2011, l’odyssée de l’appart » et les deux volets de « Peut-on encore habiter Paris ? » (le second).
Photo (CC) : appartement par blikbrein.
A propos de Claire
Artiste, photographe, auteure, journaliste, mordue de travail et adepte des triples vies en une seule … Cette ancienne journaliste d'OWNI trouve le temps d'alimenter son blog (http://autempsde.fr) et écrire des romans. Et parfois dormir un peu. Fun Fact : fait la fête au champagne.
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