Le salon où l’on feuillette des livres. Papier. Ou numérique.

SDl2010_2

Bientôt s’ouvriront les portes du Salon du livre (SDL pour les intimes). Le mois prochain, tout le gratin de la littérature française et étrangère — enfin presque, confère la polémique sur les auteurs qui-vont-devoir-payer-leur-entrée — va donc aller s’amasser porte de Versailles. Pour les non-initiés, la porte de Versailles à Paris est comme son nom l’indique à une porte de de la ville, donc difficilement accessible pour ceux qui habitent le centre de la capitale.

Bref. L’intérêt d’un tel salon ? Flâner entre les différents éditeurs, découvrir des auteurs, se rendre compte de l’impact de la notoriété de Marc Levy quand il dédicace son dernier livre, aller écouter des conférences fortement intéressantes (en plus de croiser l’équipe dePlus belle la vie sans savoir ce qu’ils font là). Et aimer manger de la foule pendant trois ou quatre jours : aller au Salon du livre c’est piétiner des heures au milieu de centaines de milliers de gens qui sont venus faire la même chose que vous. C’est-à-dire traîner. Mais aussi d’assister à de très beaux débats.

La littérature pour ce qu’elle est

Ici sur ce blog, nous sommes au moins deux à aimer la littérature, la vraie, celle qui fait autant rire qu’elle fait pleurer et au delà des oppositions papier/numérique – même si fondamentalement la question est posée et se pose depuis quelques années. Papier ou numérique ? Numérique ou papier ? Outre l’opposition, derrière il reste le marché, celui de la main invisible et du prix qui gouverne. Aussi ses petites et grandes maisons, dont certaines vivent de leurs best-sellers pour financer de plus petits auteurs, on appelle ça la prise de risque.

Je vous le confie, je n’ai pas encore regardé le programme des conférences. Mais j’aimerais, pour une fois, que le clivage numérique/papier s’amenuise, que l’un n’ait plus peur de l’autre comme deux étrangers. Que l’on cesse d’opposer deux déclinaisons de la même culture. Le papier comme le numérique parlent la même langue, s’adressent au même public, celui qui aime lire.

Ce qui peut peut-être esquisser une ébauche de dialogue ? Ça :

Le Salon du livre présente un espace consacré à l’édition numérique et à la lecture sur supports mobiles : lecteurs ebook, iphone/smartphones, ipad et autres tablettes de lecture. [C'est mieux que l'affligeant reportage de Capital la semaine dernière sur l'édition numérique. Mais dans lequel les journalistes avaient glissé un passage caméra sur un des articles d'OWNI consacrés au livre numérique. NDLA.]

Désormais, la question n’est plus de savoir si le livre sera ou non numérique, mais bel et bien d’en saisir concrètement toutes les opportunités et les enjeux. [ALLELUIA, NDLA]

Pour le grand public, des conférences sont prévues sur les plateformes de lecture ebook, ipad et autres tablettes, la presse en ligne, le numérique à l’école.
A découvrir « Paroles d’auteurs », des tête-à-tête passionnants entre deux auteurs sur leur pratique du numérique et comment il influence leurs modes de création.

D’autres conférences sont plus particulièrement destinées aux professionnels.
La Scène numérique accueillera également les « Assises professionnelles du livre à l’heure du numérique » organisées par le SNE.

 

Il y a plein de choses que je ne parviens pas à saisir, hormis les pierres jetées au téléchargement illégal et à la fermeture de MegaUpload mais c’est un autre problème, développé en note de bas de page, à commencer par cette frigidité à l’égard du livre numérique. Mes bibliothèques sont pleines à craquer de livres, brochés et poches. Un jour j’aurai aussi comme beaucoup une tablette numérique, genre Kindle, pour éviter de m’éclater le dos dans le métro (si je ne prends plus de livre à lire sur moi, chose que je faisais toujours il y a encore un peu moins d’une année, c’est avant tout parce que j’achète plus facilement des brochés pour le confort de lecture, et ce même si c’est plus cher. Aujourd’hui je transporte tout un tas de trucs pour le boulot, pochettes lourdes comme des dicos. Et mon dos hurle sa propre mort quand j’y ajoute même le plus petit broché – le dernier Alma Brami que je vous recommande plus que chaudement et que à l’occaz’ on se remettra à faire des critiques de livres aussi).

Mais je continuerai toujours à acheter cet espace de liberté qu’est la littérature, toujours à lire ces mots qu’un auteur vous offre, fruit de son travail, de ses aller-retours avec son éditeur ou éditrice, résultat d’un laborieux labeur d’intermédiaires du livre. Il y aura toujours des lecteurs aussi longtemps que des écrivains seront derrière. Aussi longtemps que des éditeurs se risqueront à publier des  ouvrages qui peuvent plaire, ou non.

La « survie » du papier

Persuadée qu’il restera aussi toujours et à jamais des gens qui comme moi ont ce besoin quasi vital de lire et d’écrire. Le papier survivra au numérique. Et ils ne pourront que co-exister. À ceux qui comparent l’industrie de la musique à celle de la littérature, juste n’oubliez jamais que le CD n’a pas tué la radio. La musique est la même en radio et dans les bacs de la FNAC, dans les rayons de l’iTunes Store. J’achète toujours des CDs et j’en offre, je fréquente l’iTunes Store régulièrement. Cette démonstration est bancale, certes mais on ne peut pas toujours être rigoureux trop-trop.

Au Salon du livre, on se croisera beaucoup. De fervents défenseurs du livre papier, pour la beauté de l’objet. Et de chouettes personnes qui lisent aussi sur tablette. Les mêmes livres. Et des qui sont simplement des amoureux de la littérature, peu importe la forme qu’elle prenne, du moment qu’elle se lise. Pourquoi parmi les différences il faudrait éradiquer l’un ou l’autre support ?

Faisons la paix veux-tu. Et serrez-vous la main. Tout ira bien.

 

La note de bas de page sur la fermeture de MegaMachin : ce qui est pénible là dedans c’est que l’association MegaMachin - ce qui compte tenu du lien sur lequel il faut cliquer n’est pas tant une mauvaise chose que ça - et pirate c’est trop facile. Oui je regardais des séries en streaming, parfois, ça m’arrivait, c’était drôle, en France ça n’arrivait que six mois après leur diffusion aux USA. Des communautés plutôt sympathiques traduisaient les dialogues et les ajoutaient en sous-titres pour mon anglais parfois hésitant. Aussi, souvent j’achète et offre des DVDs. Les gros consommateurs de culture musicale, cinématographique et/ou littéraire – dont j’estime faire partie – achèteront toujours vos disques/films/livres, en physique et/ou numérique. Ma carte bleue vous maudira à vie.

 

(Et un jour je prendrai le temps de vous raconter comment on a trouvé avec ma coloc un appartement)

Illus CBerthel

A propos de Claire

Artiste, photographe, auteure, journaliste, mordue de travail et adepte des triples vies en une seule …Gravitant à l'ENS/EHESS et chez OWNI en même temps, cette journaliste trouve le temps de participer à l’émission la plus folle de la capitale : « Paris tout nu ». Et parfois dormir un peu. Fun Fact : fait la fête au champagne.

Partager ce billet

Haut de page