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	<title>Regardailleurs &#187; Des lettres à la loupe</title>
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		<title>Livre numérique, réponse à Aurélien Bellanger</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Mar 2013 20:16:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invités</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>

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		<description><![CDATA[Cher Aurélien Bellanger,  J&#8217;espère vous croiser pour en discuter dans les allées du Salon du livre, ne vous méprenez pas, il n&#8217;y a dans les mots qui vont suivre aucune animosité. Je suis certainement la femme snob dont vous parlez dans l&#8217;interview à lire sur le site des Inrocks. Celle dont les piles de livres [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Cher Aurélien Bellanger,</p>
<p style="text-align: right;"><em> J&rsquo;espère vous croiser pour en discuter dans les allées du Salon du livre, ne vous méprenez pas, il n&rsquo;y a dans les mots qui vont suivre aucune animosité.</em></p>
<p>Je suis certainement la femme snob dont vous parlez <a href="http://www.lesinrocks.com/2013/03/20/livres/aurelien-bellanger-le-basculement-vers-le-numerique-me-semble-irreversible-11375765/" target="_blank">dans l&rsquo;interview à lire sur le site des Inrocks</a>. Celle dont les piles de livres sont posées tranquillement <a href="http://www.ikea.com/fr/fr/catalog/products/10208467/" target="_blank">à côté des deux grandes Billy</a> que contient ma chambre parisienne. Et qui sont déjà pleines. <span id="more-2541"></span>Je me demande d&rsquo;ailleurs pourquoi pour ne pas faire davantage preuve de snobisme, je ne les fais pas trôner dans le salon ? Peut-être est-ce simplement que les DVDs et autres CDs prennent déjà bien de la place &#8211; en plus de nos morceaux de musiques dématérialisés. #culture #étalage</p>
<p>Votre achat d&rsquo;iPad est judicieux, <a href="http://www.franceinfo.fr/high-tech/nouveau-monde/livre-numerique-liseuse-ou-tablette-561555-2012-03-20" target="_blank">il ne semble cependant pas le mieux indiqué pour la lecture mais c&rsquo;est votre choix</a> :</p>
<blockquote><p>elle {la tablette ou iPad} permet de lire des livres mais aussi d&rsquo;aller sur Internet, de jouer, de regarder des films, etc.</p></blockquote>
<p>On est un peu loin de la lecture de roman mais soit. L&rsquo;offre ira en augmentant, soyez-en sûr, les éditeurs prennent doucement le chemin du numérique, petit pas par petit pas mais ils le prennent et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel.</p>
<p>Maintenant passons au discours sur l&rsquo;expérience du papier que vous qualifiez &laquo;&nbsp;<em>d&rsquo;un peu délirant</em>&laquo;&nbsp;. Je ne connais personne qui ne sniffe le papier à chaque page qu&rsquo;il tourne, c&rsquo;est vrai. Mais qui n&rsquo;a pas ouvert un livre en le sentant, en touchant le papier, en tâtant la qualité des pages, le grain du papier ? Je n&rsquo;en suis pas fan mais comprends que pour certains ça compte. Et pour tourner les pages, le lecteur utilise ses doigts et &#8230; il touche ces pages. Le toucher intervient donc dans la lecture d&rsquo;un livre en format papier &#8211; au même titre que vous slidez les pages de votre livre en format numérique. L&rsquo;expérience est différente mais elle existe et elle n&rsquo;est pas plus délirante que de kiffer slider sur un iPad.</p>
<p>La bourgeoisie comme vous l&rsquo;appelez n&rsquo;achète plus de livre pour décorer sa bibliothèque. Certes. Il existe en revanche des gens &#8211; beaucoup de gens &#8211; qui achètent des livres, non pas pour décorer leur bibliothèque mais pour les lire avec amour et avec passion. Je fais partie de ceux-là mais ne faisons pas de mon cas une généralité. Cela dit, mes livres étant rangés par éditeur pour les brochés comme pour les poches, vous vous seriez retrouvé coincé entre Nathalie Kuperman avec Nous étions des êtres vivants et Valentine Goby avec Des corps en silence. La compagnie est plutôt sympa et j&rsquo;en profite pour conseiller les deux ouvrages.</p>
<p>Posséder une bibliothèque relèverait plus du snobisme que d&rsquo;une réalité. Si vous parlez de la Pléiade, sans nul doute, et encore que je ne me permettrai pas de juger. Si vous parlez de la majorité des livres, la plupart des études sérieuses concernant les acheteurs férus des titres en pagaille de Guillaume Musso, Marc Levy, Amélie Nothomb et autres fonds de commerce des grands éditeurs &#8211; que je ne juge pas, encore une fois, loin de moi l&rsquo;idée de critiquer le métier &#8211; montrent que &#8230;. le snobisme n&rsquo;est pas là où vous pensez qu&rsquo;il est. Si dans votre petit milieu vous n&rsquo;avez que des lecteurs qui ont parcouru vaguement leurs ouvrages et enlèvent la poussière de leurs bibliothèques au moment des diners du samedi soir, ne cherchez plus, vous n&rsquo;êtes pas dans un milieu de lecteurs. (ces études &#8230; n&rsquo;existent pas on est d&rsquo;accord hein, elles illustrent mon propos).</p>
<p>Vous avez lu 10% des livres de votre bibliothèque et c&rsquo;est bien dommage. Pour rendre votre snobisme visible, un conseil : achetez un iPad par ouvrage numérique et empilez-les les uns à côté des autres ou les uns au dessus des autres. Le tout fonctionnera peut-être (je voulais mettre &laquo;&nbsp;ça fonctionnera peut-être&nbsp;&raquo; mais j&rsquo;ai oublié où se trouve le c cédille majuscule, mes excuses pour la tournure de phrase).</p>
<p>Voir votre livre imprimé représentait pour vous un accomplissement. Pourtant en fervent défenseur du numérique &#8211; que je défends tout autant mais en essayant d&rsquo;objectiver les choses, à mon échelle &#8211; vous établissez une différence de valeur entre les deux supports ? Le livre n&rsquo;est-il pas le même ? Pensez-vous réellement que vos lecteurs n&rsquo;ont pas parfois préféré juste aller voir leur compte Facebook, non pas parce qu&rsquo;ils n&rsquo;aimaient pas ce que vous écriviez mais parce qu&rsquo;ils avaient simplement envie de faire autre chose ? Pensez-vous alors que de glisser votre livre en format numérique &#8211; homothétique &#8211; sur des tablettes redonnerait aux gens l&rsquo;envie de lire ? Mais, Aurélien Bellanger, les gens lisent déjà, les gens lisent encore, en atteste le nombre de personnes dans le métro, tablette ou livre papier à la main !</p>
<p>Quant à votre assertion sur les écrivains qui peuvent se passer d&rsquo;éditeurs, je ne préfère pas y revenir tant l&rsquo;édition est un métier. Qui aurait assuré votre communication si vous aviez édité votre ouvrage seul ? Qui aurait relu les fautes, les incohérences de vos 500 pages comme tout écrivain peut faire de fautes et d&rsquo;incohérences ? Qui vous aurait conseillé alors ?</p>
<p>Vous ne détenez rien d&rsquo;autre que vos mots. La vie a fait le reste. Et vos éditeurs ont bien travaillé, vous pouvez les en remercier. Les auteurs ont toujours été un maillon indispensable puisqu&rsquo;à l&rsquo;origine des mots. Mais les autres maillons, vous avez tort de ne pas y penser. Chaque maillon de la chaine compte. Enlevez-en un et observez ce qu&rsquo;il se passe. Une chance sur mille qu&rsquo;il en sorte quelque chose. Et encore mes stats sont à la louche.</p>
<p>Dernier point et non des moindes, les éditeurs et les libraires ont des torts, certainement. Mais creusez davantage le sujet avant de jeter la pierre. <a href="http://owni.fr/2012/10/15/livraison-de-trouille-chez-les-editeurs-numeriques/" target="_blank">Les éditeurs se lancent à tatôns &#8211; un peu moins maintenant &#8211; parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas toujours les ressources nécessaires en interne, les libraires essaient de se former aussi, le mouvement suit</a>, un peu plus lentement mais finalement au même rythme que l&rsquo;achat de votre iPad. Et les livres numériques ou non restent des biens. Des biens matériels donc la propriété physique n&rsquo;est pas à démontrer et des biens immatériels pour lesquels le droit est encore balbutiant mais suit son cours.</p>
<p>Je donne mon joker sur les jeux vidéo.</p>
<p>Mes amitiés.</p>
<p>La bourgeoise snob.</p>
<p>(PS : on me souffle par mail que je n&rsquo;ai pas évoqué les DRM et l&rsquo;écosystème en dehors de l&rsquo;iPad, une prochaine fois donc &#8230;)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="https://secure.flickr.com/photos/george_eastman_house/2677422743/" target="_blank">Illustration Flickr CC</a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Le salon où l&#8217;on feuillette des livres. Papier. Ou numérique.</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Feb 2012 22:08:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[livre numérique]]></category>
		<category><![CDATA[livre papier]]></category>
		<category><![CDATA[numérique]]></category>
		<category><![CDATA[salon du livre]]></category>

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		<description><![CDATA[Bientôt s&#8217;ouvriront les portes du Salon du livre (SDL pour les intimes). Le mois prochain, tout le gratin de la littérature française et étrangère — enfin presque, confère la polémique sur les auteurs qui-vont-devoir-payer-leur-entrée — va donc aller s&#8217;amasser porte de Versailles. Pour les non-initiés, la porte de Versailles à Paris est comme son nom [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Bientôt s&rsquo;ouvriront les portes du <a href="salondulivreparis.com?PHPSESSID=b06768dc9e286b1ea06bd90c79bfc0c1" target="_blank">Salon du livre</a> (SDL pour les intimes). Le mois prochain, tout le gratin de la littérature française et étrangère — enfin presque, <a href="http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/societe/accreditation-lutte-contre-la-vente-illicite-de-billets-au-salon-du-livre-32124.htm" target="_blank">confère la polémique sur les auteurs qui-vont-devoir-payer-leur-entrée</a> — va donc aller s&rsquo;amasser porte de Versailles. Pour les non-initiés, la porte de Versailles à Paris est comme son nom l&rsquo;indique à une porte de de la ville, donc difficilement accessible pour ceux qui habitent le centre de la capitale.</p>
<p>Bref. L&rsquo;intérêt d&rsquo;un tel salon ? Flâner entre les différents éditeurs, découvrir des auteurs, se rendre compte de l&rsquo;impact de la notoriété de <a href="http://ladiesroom.fr/wp-content/uploads/2011/01/marc-levy.jpg" target="_blank">Marc Levy </a>quand il dédicace son dernier livre, aller écouter des conférences fortement intéressantes (en plus de croiser l&rsquo;équipe dePlus belle la vie sans savoir ce qu&rsquo;ils font là). Et aimer manger de la foule pendant trois ou quatre jours : aller au Salon du livre c&rsquo;est piétiner des heures au milieu de centaines de milliers de gens qui sont venus faire la même chose que vous. C&rsquo;est-à-dire traîner. Mais aussi d&rsquo;assister à de très beaux débats.</p>
<p><span id="more-2355"></span></p>
<h3>La littérature pour ce qu&rsquo;elle est</h3>
<p>Ici sur ce blog, nous sommes au moins deux à aimer la littérature, la vraie, celle qui fait autant rire qu&rsquo;elle fait pleurer et au delà des oppositions papier/numérique &#8211; même si fondamentalement la question est posée et se pose depuis quelques années. Papier ou numérique ? Numérique ou papier ? Outre l&rsquo;opposition, derrière il reste le marché, celui de la main invisible et du prix qui gouverne. Aussi ses petites et grandes maisons, dont certaines vivent de leurs best-sellers pour financer de plus petits auteurs, on appelle ça la prise de risque.</p>
<p>Je vous le confie, je n&rsquo;ai pas encore regardé le programme des conférences. Mais j&rsquo;aimerais, pour une fois, que le clivage numérique/papier s&rsquo;amenuise, que l&rsquo;un n&rsquo;ait plus peur de l&rsquo;autre comme deux étrangers. Que l&rsquo;on cesse d&rsquo;opposer deux déclinaisons de la même culture. Le papier comme le numérique parlent la même langue, s&rsquo;adressent au même public, celui qui aime lire.</p>
<p>Ce qui peut peut-être esquisser une ébauche de dialogue ? Ça :</p>
<blockquote><p>Le Salon du livre présente un espace consacré à l’édition numérique et à la lecture sur supports mobiles : lecteurs ebook, iphone/smartphones, ipad et autres tablettes de lecture. <em>[C'est mieux que <a href="http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/societe/livre-numerique-l-enquete-de-m6-dont-personne-n-avait-besoin-32158.htm" target="_blank">l'affligeant reportage de Capital la semaine dernière sur l'édition numérique</a>. Mais dans lequel les journalistes avaient glissé un passage caméra sur un des articles d'OWNI consacrés au livre numérique. NDLA.]<br />
</em><br />
Désormais, <strong>la question n’est plus de savoir si le livre sera ou non numérique, mais bel et bien d’en saisir concrètement toutes les opportunités et les enjeux.</strong> [<em>ALLELUIA, NDLA</em>]</p>
<p>Pour le grand public, des conférences sont prévues sur les plateformes de lecture ebook, ipad et autres tablettes, la presse en ligne, le numérique à l’école.<br />
A découvrir « Paroles d’auteurs », des tête-à-tête passionnants entre deux auteurs sur leur pratique du numérique et comment il influence leurs modes de création.</p>
<p>D&rsquo;autres conférences sont plus particulièrement destinées aux professionnels.<br />
La Scène numérique accueillera également les « Assises professionnelles du livre à l’heure du numérique » organisées par le SNE.</p></blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il y a plein de choses que je ne parviens pas à saisir, hormis les pierres jetées au téléchargement illégal et à la fermeture de MegaUpload mais c&rsquo;est un autre problème, développé en note de bas de page, à commencer par cette frigidité à l&rsquo;égard du livre numérique. Mes bibliothèques sont pleines à craquer de livres, brochés et poches. Un jour j&rsquo;aurai aussi comme beaucoup une tablette numérique, genre Kindle, pour éviter de m&rsquo;éclater le dos dans le métro (si je ne prends plus de livre à lire sur moi, chose que je faisais toujours il y a encore un peu moins d&rsquo;une année, c&rsquo;est avant tout parce que j&rsquo;achète plus facilement des brochés pour le confort de lecture, et ce même si c&rsquo;est plus cher. Aujourd&rsquo;hui je transporte tout un tas de trucs pour le boulot, pochettes lourdes comme des dicos. Et mon dos hurle sa propre mort quand j&rsquo;y ajoute même le plus petit broché &#8211; le dernier Alma Brami que je vous recommande plus que chaudement et que à l&rsquo;occaz&rsquo; on se remettra à faire des critiques de livres aussi).</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-2375" title="jemesouviendrai" alt="" src="http://regardailleurs.fr/wp-content/uploads/2012/02/jemesouviendrai.jpg" width="640" height="427" /></p>
<p>Mais je continuerai toujours à acheter cet espace de liberté qu&rsquo;est la littérature, toujours à lire ces mots qu&rsquo;un auteur vous offre, fruit de son travail, de ses aller-retours avec son éditeur ou éditrice, résultat d&rsquo;un laborieux labeur d&rsquo;intermédiaires du livre. Il y aura toujours des lecteurs aussi longtemps que des écrivains seront derrière. Aussi longtemps que des éditeurs se risqueront à publier des  ouvrages qui peuvent plaire, ou non.</p>
<h3>La <em>&laquo;&nbsp;survie&nbsp;&raquo;</em> du papier</h3>
<p>Persuadée qu&rsquo;il restera aussi toujours et à jamais des gens qui comme moi ont ce besoin quasi vital de lire et d&rsquo;écrire. Le papier survivra au numérique. Et ils ne pourront que co-exister. À ceux qui comparent l&rsquo;industrie de la musique à celle de la littérature, juste n&rsquo;oubliez jamais que le CD n&rsquo;a pas tué la radio. La musique est la même en radio et dans les bacs de la FNAC, dans les rayons de l&rsquo;iTunes Store. J&rsquo;achète toujours des CDs et j&rsquo;en offre, je fréquente l&rsquo;iTunes Store régulièrement. Cette démonstration est bancale, certes mais on ne peut pas toujours être rigoureux trop-trop.</p>
<p>Au Salon du livre, on se croisera beaucoup. De fervents défenseurs du livre papier, pour la beauté de l&rsquo;objet. Et de chouettes personnes qui lisent aussi sur tablette. Les mêmes livres. Et des qui sont simplement des amoureux de la littérature, peu importe la forme qu&rsquo;elle prenne, du moment qu&rsquo;elle se lise. Pourquoi parmi les différences il faudrait éradiquer l&rsquo;un ou l&rsquo;autre support ?</p>
<p>Faisons la paix veux-tu. Et serrez-vous la main. Tout ira bien.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La note de bas de page sur la fermeture de MegaMachin : ce qui est pénible là dedans c&rsquo;est que <a href="http://owni.fr/2011/12/14/secret-megaupload-streaming-kim-schmitz-david-robb/" target="_blank">l&rsquo;association MegaMachin</a> - ce qui compte tenu du lien sur lequel il faut cliquer n&rsquo;est pas tant une mauvaise chose que ça - et pirate c&rsquo;est trop facile. Oui je regardais des séries en streaming, parfois, ça m&rsquo;arrivait, c&rsquo;était drôle, en France ça n&rsquo;arrivait que six mois après leur diffusion aux USA. Des communautés plutôt sympathiques traduisaient les dialogues et les ajoutaient en sous-titres pour mon anglais parfois hésitant. Aussi, souvent j&rsquo;achète et offre des DVDs. Les gros consommateurs de culture musicale, cinématographique et/ou littéraire &#8211; dont j&rsquo;estime faire partie &#8211; achèteront toujours vos disques/films/livres, en physique et/ou numérique. Ma carte bleue vous maudira à vie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>(Et un jour je prendrai le temps de vous raconter comment on a trouvé avec ma coloc un appartement)</p>
<p>&#8212;</p>
<p>Illus <a href="http://www.flickr.com/photos/cberthel/" target="_blank">CBerthel</a></p>
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		<title>Qui est-il ?</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Apr 2011 22:29:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[à mille mains]]></category>
		<category><![CDATA[homme]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
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		<description><![CDATA[Depuis une heure qu’il est là, pas une seule photo n’est sortie du photomaton. Pas une seule. Assis sans bouger, il ne sait pas que depuis ma place dans ce RER je le vois. Bloqué à quai, les portes closes pour “accident grave de voyageur” et un haut parleur qui résonne dans les wagon “Nous [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis une heure qu’il est là, pas une seule photo n’est sortie du photomaton. Pas une seule. Assis sans bouger, il ne sait pas que depuis ma place dans ce RER je le vois. Bloqué à quai, les portes closes pour “accident grave de voyageur” et un haut parleur qui résonne dans les wagon “Nous faisons notre possible pour reprendre la route”. Depuis une peu moins d’une heure que nous somme bloqués, pas une seule photo de cet homme en cravate n’est sortie. Alors je l’imagine.<span id="more-1864"></span></p>
<p>Jeune ex-cadre dynamique au chômage qui cherche du travail et doit faire des photos pour son CV loin d’être vide, il est assis. En sécurité derrière ce rideau, il s’énerve contre ceux qui ne lui ont pas encore répondu. Après les 60 lettres de motivation envoyées. Et ceux qui lui ont simplement écrit quatre mots des plus impersonnels sur une feuille A4 très bien pliée en trois dans une enveloppe à fenêtre. Il ne comprend pas pourquoi. Il ne convient pas aux postes pour lesquels il a “signalé son intérêt” et les services des ressources humaines qui restent muets. Une heure qu’il rumine et qu’il ne sait plus comment faire pour “montrer sa motivation” qui s’étiole au fil du temps. Payer son loyer c’est pourtant une motivation valable. Parcours sans tâche. Premier emploi. Finance, gestion d’actifs pour des tiers au sein d’une petite compagnie. Mais avec un patron alcoolique, il a fallu vendre. Et le repreneur est arrivé avec son équipe déjà constituée ou presque.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-1869" title="Louise Imagine" alt="" src="http://regardailleurs.fr/wp-content/uploads/2011/04/Capture-d’écran-2011-04-26-à-00.14.23.png" width="603" height="382" /></p>
<p>Les derniers arrivés ont été les premiers à devoir partir. Il a ramassé ses affaires personnelles dans un carton, le bureau qu’il occupait avec quatre de ses collègues s’amputait d’un de ses membres. Une dernière fois avant de partir il a regardé par la fenêtre qui donnait au ras du trottoir dans cet immeuble tout près des Champs Elysées. Sans nostalgie, juste avec l’amertume de s’est autant donné pour si peu. Depuis, rien. Il cherche à se vendre. À mettre en valeur le peu d’estime qu’il lui reste. Je peux l’imaginer sourire derrière son rideau, un sourire amer et en colère, sans désespoir. Il se reprend et n’abandonne pas, il veut travailler, il aime ça, sans cette faim d’occuper un bureau pour douze heures de sa journée il n’est rien ou si peu.</p>
<p>Ou alors c’est peut-être cet homme qui vient de préparer son voyage, son pèlerinage dans l’île où il a passé son enfance. Et son passeport à faire. Cuba jusqu’à ses seize ans. Puis le départ de son père à Toulouse et sa mère, son frère et lui qui repartent pour la France après seize années à vivre à La Havane. Qui le suivent sans broncher parce qu’ils n’ont pas le choix. Ses grands-parents maternels sont restés dans leur maison à là-bas, au milieu de ce haut lieu touristique qu’est la plage de Varadero. Lui, il se souvient simplement de l’odeur du marché et des milkshakes à la vanille qu’ils achetaient avec son frère et Juan son meilleur ami. Et les parties de volley avec les touristes en bord de mer. Juan est resté aussi. Parfois ils discutent par chat ou mail mais le décalage horaire leur fait préférer la deuxième solution. Toujours aussi complices, chacun s’est adapté au départ.</p>
<p>Ils le savaient quand ils se sont connus, qu’il ne resterait pas avec ses grands-parents s’il devait partir. Ils ne savaient pas quand. Alors ils ont profité de chaque moment sur place, des soirées dingues, les après-midis sur la plage avec Mina quand il pleuvait et que les européens rentraient à leur hôtel sécurisé. Eux n’attendaient que d’aller dans l’eau sous la pluie. Cet amour avec Mina aussi, sa peau contre la sienne, l’odeur de ses cheveux, le salé de ses larmes quand elle a appris qu’il l’abandonnait. Son premier grand amour. C’est con parfois la nostalgie. Et les premiers amours. Il n’a jamais pris de ses nouvelles. Douloureuse séparation d’adolescents. Il ne sait pas si elle est mariée, si elle a des enfants. Ce qu’elle fait. Ils voulaient ouvrir leur propre bar tous les trois. Ils avaient un tas de rêves s’approchant dangereusement de l’utopie. Comme des gamins. Ils s’étaient promis la lune et la plage. Mais son père est parti et il a du le suivre.</p>
<p>Peut-être même que cet homme est simplement au sein d’un tourbillon de doutes, de choix à faire qu’il ne parvient pas à dire. Peut-être qu’il rentre d’un rendez-vous qui l’a secoué, peut-être qu’il a pris cette décision irréversible de tout quitter et que depuis la peur s&rsquo;égrène au rythme de son coeur. Il prend son pouls, un peu perturbé par ce qu’il a dit une heure avant à cette femme qu’il a croisé dans une soirée où la coke lui a éclaté le nez. Ce qui lui a murmuré. Qu’il ne voulait pas de ses nouvelles. Que cette nuit suffisait amplement. Peut-être qu’il ne sait pas où aller, ailleurs que derrière ce rideau. Peut-être qu’il est simplement fatigué d’attendre de se trouver potable sur une photo aussi.</p>
<p>Le RER s’ébranle. Je ne saurai jamais ce que cet homme attendait dans le photomaton. Du courage ou de la solitude protectrice.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Merci à <a href="http://louiseimagine.wordpress.com/" target="_blank">Louise Imagine</a> pour l&rsquo;inspiration et <a href="http://a1000mains.hautetfort.com/" target="_blank">Lizly pour l&rsquo;organisation et la possibilité de mettre nos idées en commun sur un blog à mille mains</a>.</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Illustration Flickr CC <a href="http://www.flickr.com/photos/postmodernystka/3012791031" target="_blank">Salander</a><br />
</em></p>
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		<title>“Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce”</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Apr 2011 23:07:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[flammarion]]></category>
		<category><![CDATA[lola lafon]]></category>
		<category><![CDATA[nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Lola Lafon, à la fois chanteuse et auteure, vient d’offrir son troisième roman à ceux qui lisent encore. Après “Une fièvre impossible à négocier” et “De ça je me console”, “Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce” conjugue trois vies de femmes hors-les-normes. Mise en garde : ce qui suit est pour le [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Lola Lafon, à la fois chanteuse et auteure, vient d’offrir son troisième roman à ceux qui lisent encore. Après <a href="http://largeur.com/?p=1353">“Une fièvre impossible à négocier”</a> et <a href="http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/lola-lafon-ou-la-contre-narration-reussie">“De ça je me console”</a>, <a href="http://lolalafon.free.fr/blog/?p=320">“Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce”</a> conjugue trois vies de femmes hors-les-normes.<span id="more-1420"></span></p>
<p style="text-align: right;"><em>Mise en garde : ce qui suit est pour le moins abstrait. Mes excuses.</em></p>
<p style="text-align: left;">L’ouvrage est un long roman. Sorti le mercredi 23 mars &#8211; trois semaines après la mise dans les bacs de son deuxième album, disponible chez Harmonia Mundi, joli doublé &#8211; il met en scène ces trois femmes, dont les jours s’entrelacent.</p>
<p>L’histoire commence avec une tempête qui ne s’arrête qu’à la dernière page. Au départ, il y a le coeur d’Emile qui vient de mourir pour la première fois. Son amie lui rend visite et lui raconte leur quotidien, leur rencontre, les réunions du mardi soir. Dès les premiers moments, la valse commence, à trois temps : celui d’une rencontre d’Emile et de la narratrice, celui de la narratrice avec la Petite Fille au Bout du Chemin et celui de leurs vies au milieu d’un désastre sécuritaire.</p>
<h3><em>&laquo;&nbsp;Vomir ce qui me traverse comme proposition d’existence. Rubrique amour. Rubrique travail. Rubrique loisirs.&nbsp;&raquo;</em></h3>
<p>Et Emile reprend vie et doit se souvenir. C’est à ce moment que la Petite Fille qu’elles croisaient toutes les deux à la cinémathèque surgit dans la trame de l&rsquo;histoire. Elle s’immisce doucement. Cette petite maigre aux manches trop courtes est perdue, elle erre, elle virevolte. “On” la dit malade, folle. Mais elle est tout sauf éteinte. Survoltée elle entraine la narratrice dans une danse qui rompt avec le carcan de la société. Parce qu’elles ne sont pas adaptées. Plutôt que la société ne leur permet pas d’être encore en vie.</p>
<p>Alors puisqu’elles veulent avoir une vie, elles la volent, en référence à <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lou_Andreas-Salom%C3%A9">Lou Andreas-Salomé</a>. La Petite Fille &#8211; une femme dont on ne connait pas le nom &#8211; amène la narratrice à intimider celui qui a ravagé une de ses nuits de septembre, un viol qui la déclare coupable à vie, de ne pas avoir su dire non assez fort.<br />
Elles agissent, elles sortent de la torpeur ambiante. En occupant une villa &#8211; lieu de vacances de la femmes de l’élu &#8211; ou en collant des affiches pour d’autres Petites Filles au Bout du Chemin. Elles font des aller-retour sur l’Île où la narratrice a garé un camion qui ne roule plus. Elles parcourent ensemble un chemin qui parait sans limite, sans trottoir et sans notion de temps. Elles vivent à deux plusieurs vies. Trois, cinq en une, parce qu’elles ne savent pas en vivre une seule à la fois. Et Emile finit par sortir de l’hôpital. Elle réapprend à vivre, à réfléchir. Le trio se forme, pour le meilleur. Et pour le pire.</p>
<h3><em>&laquo;&nbsp;On se réjouirait d’être les enfants des mots, des idées qui tiennent chaud, celles qu’on invente.&nbsp;&raquo;</em></h3>
<p>Tout au long, le roman alterne deux voix, celle de la danseuse qui ne danse plus mais qui se souvient toujours comment vivre par le mouvement, et celle de la Petite Fille au Bout du Chemin, à bout, à travers des feuilles volantes qu’elle laisse à la narratrice, sur sa vision du monde et des choses.<br />
Difficile de sortir indemne d’un roman pareil. Qui navigue en permanence entre la fiction et la réalité : ce climat sécuritaire romanesque est-il celui qui nous attend pour les prochaines années ? Peut-être. On pourra dans dix ans se rassurer d’avoir eu quelqu’un de visionnaire, “pour l’époque”.</p>
<p>Les pages sont remplies de mots qui font sens, qui font échos à ceux qui ne sauraient plus vivre ou ceux qui se lèvent avec le doute de ne pas avoir assez vécu ou résisté. Ode à la vie autant qu’ode à la danse, à l’insurrection et l’in-descendance, le roman dessine à travers les traits de ces trois femmes “en résistance” un pays qu’il faudrait assiéger, sous le joug d’un couvre-feu et de règles qui s’approchent de ce système si français.<br />
Ce livre est une respiration. Alors : “aux prochaines minutes, puisqu’on les a”.</p>
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<p>&nbsp;</p>
<p>Extraits :</p>
<blockquote><p>“ Je ne sais pas si 33° est la température de la mort, ton corps s’y repose et je m’affaire, que la vie soit ininterrompue autour de toi, une longue phrase de gestes enchainés, remonter ta couverture, tenir ta main, regarder tes avants-bras glabres. Tes petites mains de princesse Disney sans os ni veines. Certains passent la tête, n’osent pas rentrer, je leur laisse ma place quelques instants, ils t’embrassent le front en chuchotant.”</p></blockquote>
<blockquote><p>“Mais voilà que je ne veux pas être réparée. Sauvegardée. Rafistolée pour continuer à avancer. Je ne voudrais pas qu’on colmate ce que je m’acharne à défaire, à découdre. Vois-tu, je travaille à être insauvable, irrécupérable. Aussi fugace, irrattrapable et fragile qu’un moment dans le temps. Pour ne pas offrir de prise, il me faudra rentrer en silence comme on va en résistance. Et à toute interrogation, leur répondre : je ne sais pas, je me demande, je cherche. Je dépose des questions. Je fabrique des doutes.”</p></blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8212;</p>
<p>Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s&rsquo;annonce, de Lola Lafon, éd. Flammarion, 438 p., 20 € paru le 23 mars.<br />
Une vie de voleuse, de Lola Lafon, 1 CD Le Chant du monde/Harmonia Mundi.<br />
En concert du 6 au 27 avril au Sentier des Halles, Paris 2e. Tél. : 01-42-61-89-90.</p>
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		<title>Lucas</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Mar 2011 22:17:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[enfant]]></category>
		<category><![CDATA[femme]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand on me demande, je dis que je suis mariée, que je n’ai pas d’enfant mais que Léon mon chien nous accompagne tous les deux. « Mariée mais pas d’enfant? À ton âge ? » on me répond. Oui c’est ça, pas d’enfant. À mon âge. Je n’en ai jamais voulu, jamais je dis. Trop [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Quand on me demande, je dis que je suis mariée, que je n’ai pas d’enfant mais que Léon mon chien nous accompagne tous les deux. <em>« Mariée mais pas d’enfant? À ton âge ? »</em> on me répond. Oui c’est ça, pas d’enfant. À mon âge. Je n’en ai jamais voulu, jamais je dis. Trop de responsabilités, je ne suis pas capable de m’occuper d’un autre, quelqu’un qui dépendrait de moi. Je n’aime pas vraiment qu’on s’attache à moi.<span id="more-1351"></span></p>
<p>Un enfant, c’est toute une vie vous savez. Je peux pas faire ça. Dès le départ on s’est mis d’accord avec Sam : pas d’enfant. Un chien si tu veux, mais pas d’enfant. De mon côté on est cinq frères et sœurs, deux garçons et trois filles. Je suis l’ainée. On ne peut pas dire que je me suis occupée de mes frères et sœurs et que j&rsquo;aurais eu l&rsquo;impression de jouer à la maman trop tôt. Ce serait juste un ramassis de clichés. Je ne me suis absolument pas substituée à ma mère auprès d&rsquo;eux. Non. J’aime les enfants des autres. Certains sont adorables. Ceux de ma plus jeune sœur par exemple. Mais deux jours à la maison c’est suffisant. Et puis l’appartement est trop petit, les petits jouent sans cesse avec les plantes, Léon ne peut pas passer une heure à dormir sans être réveillé par les rires, les ballons qui atterrissent juste sous son nez. Il faut de la place quand on a un enfant, pour qu&rsquo;il puisse jouer, crier, sauter. Vivre. On n&rsquo;a pas la vie pour ça.</p>
<p>Quand je leur réponds qu’on ne veut pas d’enfant avec Sam, ils me regardent bizarrement, comme si jamais je ne pourrai bénéficier du statut de femme accomplie, de femme épanouie. Sam n’aime pas ces situations. Il y a toujours un moment dans la soirée où la question arrive sur le coin de la table. Chez des collègues ou de vagues connaissances. Comme ça, souvent impromptu. Et il faut se justifier après, dire pourquoi, avoir l’air sûre de soi. À mes côtés, Sam est impassible, il ne dit rien, ne montre rien. On ne lui pose pas la question à lui. C’est logique, il n&rsquo;a pas cette horloge du corps qui lui rappellerait qu’il est grand temps de se reproduire, d’offrir un être humain à l’infinie possibilité d’exister sur terre. Moi on me demande toujours.</p>
<p>Normal, sûrement, de réagir comme ça. Mais ces affirmations, cette récurrence de questions et ces regards me pèsent. C&rsquo;est comme si on me reprochait mon manque de maternité, comme si on m&rsquo;excluait du débat. Quand j&rsquo;interviens dans une conversation sur les enfants, les bébés, la façon de soulager une colique, on me dit <em>« Tu peux pas comprendre, t&rsquo;es pas mère »</em>. Mais si je comprends, les couches je connais, j&rsquo;ai été nourrice un peu. Et puis les enfants de ma soeur, je m&rsquo;en suis souvent occupé. Dès sa sortie de la maternité. Elle a fait ce qu&rsquo;ils appellent une <em>« dépression post-partum »</em> et son compagnon ne pouvait pas garder Lise quand il a repris le travail. J&rsquo;ai pris le relais. J&rsquo;ai eu peur. Qu&rsquo;il lui arrive quelque chose. Je restais toujours près d&rsquo;elle, parfois jusqu&rsquo;à me pencher sur son visage pour voir si elle respirait encore dans son sommeil. Et finalement ça se passait toujours bien. Je suis un peu paranoïaque je crois. Lise a deux ans maintenant et je m&rsquo;en occupe beaucoup moins. On considère, Sam et moi, qu&rsquo;elle a besoin de sa mère, pas de sa tante, alors je me suis éloignée. J&rsquo;ai été heureuse de jouer avec elle, de la faire manger. Un peu moins de la punir quand il le fallait. Mais un enfant, non très peu pour moi.</p>
<p>Maintenant je bosse dans la communication. Pour une entreprise informatique. La pointe de la technologie. Et je n&rsquo;ai vraiment pas le temps d&rsquo;avoir un enfant. Quand je réponds ça, on me siffle que ce n&rsquo;est pas un argument valable. Que le temps, on le prend quand on a un enfant à nourrir, à aimer, à bercer, à disputer. Qu&rsquo;il passe avant tout. Que le reste n&rsquo;est plus la raison de se lever le matin.</p>
<p>Il passe peut-être avant tout mais je ne veux pas perdre ma liberté, je leur dis. Je ne veux pas devoir arrêter ce que je suis en train de faire parce qu&rsquo;il faut aller chercher la chair de sa chair à la garderie ou qu&rsquo;il ou elle pleure. On me répond que je suis égoïste, que je ne pense qu&rsquo;à moi. Et silencieux, Sam, me prend la main. Doucement. Il sait que je n&rsquo;aime pas ça, qu&rsquo;on me pose des questions comme ça, qu&rsquo;on essaie de me persuader qu&rsquo;un enfant c&rsquo;est merveilleux. C&rsquo;est peut-être magique mais je ne peux pas être mère, je n&rsquo;en ai pas envie. Je ne me sens pas le courage d&rsquo;être à ses côtés, de l&rsquo;élever, même avec Sam. Alors oui, on me dit aussi que le bonheur apporté par un sourire de son enfant, ça donne des ailes.</p>
<p>On s&rsquo;est mis d&rsquo;accord avec Sam. À chaque fois qu&rsquo;on me poserait la question, je dirai qu&rsquo;on ne veut pas d&rsquo;enfant, que c&rsquo;est un choix. Il a dit oui. Tout de suite. J&rsquo;avais le droit de leur mentir pour ça. Et souvent, la main dans la poche, je serre la photo de Lucas entre mes doigts. Il avait deux ans quand il s’est noyé. Cinq ans déjà. Je lui demande pardon à chaque fois que je dis qu’il n’a jamais existé. S&rsquo;ils savaient tous comme j&rsquo;aurais tant aimé pouvoir avoir le temps de l&rsquo;élever. Alors je sais toutes ces choses. Un enfant c&rsquo;est merveilleux. Mais je ne veux pas prendre le risque de laisser mourir une autre vie que la sienne.</p>
<p style="text-align: right;"><em>(Nouvelle écrite dans le cadre d&rsquo;un concours sur la thématique du mensonge)</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Illustration Flickr CC  <a href="http://www.flickr.com/photos/jordanprestrot/3625805996/" target="_blank">Jordan Prestrot</a><br />
</em></p>
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		<title>Les Naufragés</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Dec 2010 00:19:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérémy</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[clochard]]></category>
		<category><![CDATA[ethnologie]]></category>
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		<category><![CDATA[patrick declerck]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec le froid bien présent, le marronnier de l&#8217;hiver pour les journalistes : les sans-abris. Lecture de la marginalité par Patrick Declerck, qui a passé quinze années aux côtés des clochards de la ville de Paris, allant se clochardiser lui-même à deux reprises pour appréhender au mieux la condition de ses sujets d’étude. Plusieurs casquettes, psychanalyste, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><a title="clochard by lorenzo_@pix, on Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/fetta/128853821/"><img title="Crédits : lorenzo_@pix, Flickr" src="http://farm1.static.flickr.com/1/128853821_24e2209618.jpg" alt="clochard" width="500" height="334" /></a><p class="wp-caption-text">Crédits : Flickr, lorenzo_@pix</p></div>
<p>Avec le froid bien présent, le marronnier de l&rsquo;hiver pour les journalistes : les sans-abris. Lecture de la marginalité par Patrick Declerck, qui a passé quinze années aux côtés des clochards de la ville de Paris, allant se clochardiser lui-même à deux reprises pour appréhender au mieux la condition de ses sujets d’étude.<span id="more-892"></span> Plusieurs casquettes, psychanalyste, philosophe et anthropologue, lui donnent une approche globale de la problématique. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation littéraire ou philosophique, conférant aux propos une dimension plus générale, plus grande.</p>
<h3>De la « pathologie clochard »</h3>
<p>Dès la première partie, consacrée principalement à des récits et témoignages au plus proche de la réalité, Declerck exprime son opinion : les clochards ne sont pas exclus de la société par hasard ou manque de chance, il existe une « pathologie clochard ». Il argumente en donnant des exemples particulièrement frappants, dans lesquels retrouve des invariants : tel s’exclut lui-même depuis son enfance, tel n’a pas conscience de ses actes, tel n’arrive jamais à trouver d’emploi. Tels présentent les mêmes traits, ou presque, au fond.</p>
<p>De cette pathologie particulière découlent ainsi des troubles plus visibles, dont l’alcoolisme est peut-être le plus évident, notamment sous le regard du béotien. Declerck s’évertue à montrer les points communs de ses patients, d’un point de vue psychanalytique. Il met en lumière des comportements particuliers, inhérents aux personnes atteintes de cette pathologie, et que ceux qui, suite à des accidents de la vie, se retrouvent à la rue, ne présentent généralement pas. Ceux-là peuvent trouver en eux la solution pour rebondir alors que le clochard ne sait même pas comment s’y prendre, ni s’il veut être intégré à la société.</p>
<p>Dans la seconde partie, que Declerck ne pense pas indispensable pour cerner son propos, il analyse l’autre côté de la barrière : les soignants face aux clochards. Il dénonce en particulier la « charité excessive », à mille lieues de comprendre ce dont le clochard a réellement besoin, voyant en la réinsertion un fantasme social. De tous temps à jamais, il est vrai que les sociétés « civilisées » ont cherché à gommer les traces d’imperfection : exclus (clochards) et fous (clochards ?).</p>
<p>Les annexes de l’essai sont très parlantes : les photos, insérées au milieu de l’ouvrage, sont particulièrement frappantes. L’illustration parfaite d’un monde inconnu. Les chiffres qu’il donne permettent d’avoir une idée plus précise de ce que les clochards représentent plus ou moins concrètement en France. Bien qu’ils soient un peu datés (2000), ils restent malheureusement d’actualité.</p>
<h3>Ce proche qui semble si lointain</h3>
<p>On peut voir dans <em>Les Naufragés</em> une autre forme de livre de voyage, à l’intérieur des murs de sa propre ville, dans son propre pays, à la découverte de l’autre. Declerck dénonce les pièges « classiques » quand il s’agit de clochards : de la victimisation systématique (« la société ne les a pas intégrés ») à la pitié. Il exprime ses sentiments, de la colère à la lassitude.</p>
<p>Ce livre permet d’adopter un regard nouveau sur les clochards, population assez inconnue bien que souvent croisée au détour d’un trottoir. On appréhende davantage ce qui constitue leur quotidien, ce qui donne une compassion plus souple, des gestes moins violents à leur égard. Peut-être des gestes plus justes, aussi : ce sont des <em>autres</em>, ils ne vivent pas comme nous ; pour autant ils ne sont pas moins humains.</p>
<p>Les discours, restitués pour partie dans le premier chapitre du livre, donnent à voir une prose intéressante : décousue, parfois complètement insensée, pourtant riche, en paroles ou en sous-entendus.</p>
<p>Dans son étude de la désocialisation et des réformes sociales, années après années, qui changent le paysage et les (rares) repères des clochards, Declerck analyse avec justesse les manquements, par ignorance, délibérée ou non. Il réfute les thèses classiques en sociologie et en psychiatrie qui marginalisent les clochards par rapport à la société, prenant pour norme des critères établis sans forcément connaître le sujet.</p>
<p>Ce livre est essentiel pour appréhender la société d’aujourd’hui, clochards compris — ce qui n’est pas toujours le cas. Considérés à part entière par Declerck comme des sujets intéressants et atypiques, ils ont (enfin) une voix.</p>
<p><em>NB : Declerck prend le parti de nommer cette population « clochard » et non « SDF », qu’il juge politiquement correct mais éloigné de la réalité.</em></p>
<p><a href="http://www.ombres-blanches.fr/recherche/detailrec/livre/detail/9782266129893/recherche/txt/recsimple/les-naufrages-declerck/0.html" target="_blank"><em>Les Naufragés. Avec les clochards de Paris</em>, Patrick Declerck, Plon, 2001, 7,80€</a></p>
<h3>Pour aller plus loin</h3>
<p>- <a href="http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFPS_032_0129" target="_blank">Entretien avec Philippe Declerck</a> par Jean-Jacques Pailler</p>
<p>- <a href="http://www.rue89.com/francis-a-paris/2010/12/02/les-premiers-grands-froids-saison-des-journalistes-chez-les-sdf-178875" target="_blank">« Les premiers grands froids : saison des journalistes chez les SDF »</a> (Rue89)</p>
<p>- Dons <a href="http://www.restosducoeur.org/" target="_blank">ici</a> ou <a href="http://www.banquealimentaire.org/ " target="_blank">là</a> (temps ou monnaie, entre autres associations)</p>
<p>- Roman : <a href="http://www.actualitte.com/dossiers/506-hiver-Baudelaire-Harold-Cobert-chomage.htm " target="_blank"><em>Un hiver avec Baudelaire</em></a> d’Harold Cobert</p>
<p>- <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article215" target="_blank">Ode pour contribuer à une rue Sylvain Schlitz</a> de François Bon</p>
<p>- <a href="http://stephelakh.tumblr.com/post/1500368457/antonin" target="_blank">Mes rencontres</a> avec le clochard <a href="http://stephelakh.tumblr.com/post/2052626794/antonin-absence " target="_blank">Antonin</a>, à Bordeaux</p>
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		<title>Dis Maman?</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Nov 2010 00:20:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[mille mains]]></category>
		<category><![CDATA[récit]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://regardailleurs.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/11/2704177079-209x300.jpg"/>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="size-medium wp-image-841 aligncenter" title="Dis Maman" alt="Dis Maman" src="http://regardailleurs.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/11/2704177079-209x300.jpg" width="144" height="208" /></p>
<p style="text-align: justify;">Dis Maman, est-ce que tu m’aimes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dis Maman, tu crois qu’on pourra vivre toutes les deux ?</p>
<p style="text-align: justify;">Tu sais j’aime l’hiver moi, parce qu’il neige.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la neige ça protège, ça enveloppe, c’est comme le brouillard, on a pas besoin des autres pour se sentir entouré. Une présence qui pourrait masquer l’absence.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-838"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Tu sais Maman, j’aime pas quand t’es allongée sur le canapé avec la télécommande dans une main et l’autre dans la boîte de mouchoirs à regarder des films qui font pleurer. Dis Maman, tu sais j’ai eu 18 ans hier. Tu l’as oublié parce que t’es trop triste. Disons que je t’en veux pas. Disons-le seulement. Parce qu’au fond de moi j’ai un amas de sanglots qui veulent pas sortir. On est tout l’une pour l’autre et l’une a besoin de l’autre comme l’autre a besoin de l’une.</p>
<p style="text-align: justify;">Regarde Maman, c’est beau la neige, ça protège. Les larmes sont au creux de ma gorge, j’ai une boule qui monte et qui descend, qui joue au yoyo, j’ai la tête qui s’apprête à exploser alors je préfère compter les flocons qui tombent en bas de chez nous. Ça occupe et puis je pense pas trop comme ça.</p>
<p style="text-align: justify;">Maman, tu sais, il faut que je t’avoue quelque chose. J’ai arrêté de manger il y a longtemps, on dirait que ça fait une éternité. Et pourtant c’est pas si loin tout ça. Parce que comme toi j’étais triste que Papa s’en aille avec Soline et qu’ils ne puissent jamais revenir tous les deux. Sol’ aussi c’était son anniversaire hier. 15 ans tu te rends compte ? Trois ans d’écart, tout pile. On aurait soufflé nos bougies en riant et puis on se serait engueulé parce que c’est notre principe ça, de s’engueuler pour un rien. Tu as peut-être aussi oublié qu’on est tes filles Maman. Qu’on était comme les deux mains d’un même corps. T’es trop triste alors tu te rappelles pas de tout.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis avec Papa, on adorait regarder la pluie. Tu te souviens de nos soirées à rester devant cette fenêtre ? On refaisait le monde quand j’étais gosse, on suivait les gouttes de pluies sur le double-vitrage, on en choisissait une chacun et puis la première goutte arrivée au bas de la fenêtre avait gagné. Une course de chevaux presque, mais avec de l’eau.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui j’ai froid à l’intérieur de moi. Alors je joue avec la neige, je la défie du regard. La pluie s’est transformée. C’est étrange de se sentir aussi seule alors qu’on est deux dans la même pièce. Baisse le son de la télé Maman, j’en peux plus d’entendre tes larmes, c’est insupportable. Papa  m’aurait dit « Mais fiche-lui la paix à ta mère ! » d’un ton mi-amusé, mi-sérieux. J’aurais ris peut-être ou je me serais énervée, claquant la porte de ma chambre. Sol’ aurait sorti la tête de la sienne, en fronçant les sourcils comme souvent quand elle avait raté une dispute comme une discussion. Ou alors Papa t’aurait pris dans ses bras comme il le faisait souvent. Ça faisait de Sol’ et moi des complices, spectatrices de votre tendresse. C’était doux, comme la neige qui tombe en silence. Papa pour le définir ? Un clown sévère. Il aurait pas oublié notre anniversaire je crois. Il a froid lui aussi tu penses ?</p>
<p style="text-align: justify;">Alors quand ils sont jamais revenus de la piscine, et que le téléphone a sonné, j’ai décroché. Trois jours après, j’ai compris que ce serait la dernière fois que je pleurerai. Je suis encore en vie moi, Maman, j’essaie. Ça fait presque six mois Maman que je disparais. Ne m’oublie pas sous ta couverture polaire et tes films. Je t’aime.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Merci à <a href="http://alotoftralala.over-blog.com/" target="_blank">Marlène</a> et au blog <a href="http://a1000mains.hautetfort.com/" target="_blank">à Mille Mains</a> </em></p>
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		<title>Vénus noire : la culpabilité du présent</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Nov 2010 23:25:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérémy</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[vénus noire]]></category>

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		<description><![CDATA[Faut-il culpabiliser après avoir vu Vénus noire ? Plusieurs fois que l’on me pose la question, je ne sais que répondre : j’ai assisté au film avec la même neutralité que j’ai lu les thèses évolutionnistes des anthropologues du début du XXe siècle, Lévy-Bruhl et Frazer en particulier. Peut-on juger rétrospectivement les pensées de l’époque, culpabiliser [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img class="size-medium wp-image-849 aligncenter" title="venusnoire_affiche" src="http://regardailleurs.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/11/venusnoire_affiche-225x300.jpg" alt="venusnoire_affiche" width="225" height="300" /></p>
<p>Faut-il culpabiliser après avoir vu <em>Vénus noire</em> ? Plusieurs fois que l’on me pose la question, je ne sais que répondre : j’ai assisté au film avec la même neutralité que j’ai lu les thèses évolutionnistes des anthropologues du début du XXe siècle, Lévy-Bruhl et Frazer en particulier. Peut-on juger rétrospectivement les pensées de l’époque, culpabiliser à rebours de ce que ces manières de voir le monde et l’autre ont rendu la colonisation acceptable, voire normale, voire indispensable ?<span id="more-836"></span></p>
<blockquote><p><em>Vénus noire</em>, d&rsquo;Abdellatif Kechiche : l&rsquo;histoire &laquo;&nbsp;véritable&nbsp;&raquo; de la Vénus hottentote. Synopsis officiel : &laquo;&nbsp;Paris, 1817, enceinte de l&rsquo;Académie Royale de Médecine. « Je n&rsquo;ai jamais vu de tête humaine plus semblable à celle des singes ». Face au moulage du corps de Saartjie Baartman, l&rsquo;anatomiste Georges Cuvier est catégorique. Un parterre de distingués collègues applaudit la démonstration. Sept ans plus tôt, Saartjie, quittait l&rsquo;Afrique du Sud avec son maître, Caezar, et livrait son corps en pâture au public londonien des foires aux monstres. Femme libre et entravée, elle était l&rsquo;icône des bas-fonds, la « Vénus hottentote » promise au mirage d&rsquo;une ascension dorée…&nbsp;&raquo;</p></blockquote>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="560" height="340" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/hMcRRGSWf0w?fs=1&amp;hl=fr_FR" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="560" height="340" src="http://www.youtube.com/v/hMcRRGSWf0w?fs=1&amp;hl=fr_FR" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object></p>
<p>Souvent, j’essaie de me mettre à la place de la personne que je juge : dans ses chaussures, comment aurais-je réagi ? – On a bien envie de se dire qu’à l’époque on n’aurait pas applaudi la Vénus noire ; d’ailleurs, on ne serait même pas allée la voir en spectacle… mais enfin, aujourd’hui, devant l’exceptionnel, on <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Loft_Story_%28France%29" target="_blank">branche</a> <a href="http://www.tf1.fr/secret-story/" target="_blank">des</a> <a href="http://www.m6.fr/emission-la_france_a_un_incroyable_talent/" target="_blank">caméras</a>. Le principe de fond a changé : on ne cherche plus à établir une hiérarchie entre les hommes, mais on s’arrête quand même des heures, on rit, on se satisfait lorsque l’autre, grotesque, si différent de nous. On se renvoie à notre propre normalité, d’une certaine manière.</p>
<p>Alors, culpabilité quand on regarde un film d’une telle violence ? Évidemment, je n’ai pas de réponse universelle : film douloureux mais beau, tellement humain. Des bassesses humaines jusqu’aux sentiments les plus nobles, à l’image de ces aristocrates anglais qui tentent de « protéger » Saartjie Baartman. Et puis, étrange question que celle de la culpabilité : qui se sent coupable, dans l’histoire ? Le Blanc de ses ancêtres ? L’humain d’avoir laissé faire ?</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-851 aligncenter" title="Venus Hottentote2" src="http://regardailleurs.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/11/Venus-Hottentote2.JPG" alt="Venus Hottentote2" width="294" height="211" /></p>
<p>Jusqu’au XXe siècle, on nomme les peuples inconnus « primitifs » ou « barbares » et il n’est pas là question d’insulte mais il faut bien un mot pour désigner l’autre. Certains penseurs se sont érigés contre ces appellations douteuses, mais il ne faut pas oublier qu’un mot n’existe que lorsqu’il prend sens auprès d’un public : si on décide subitement d’appeler une table « crac », personne n’identifiera l’objet de notre discours. Ces sobriquets délicieux ont donc la vie dure : aujourd’hui encore, on expose sous couvert d’art premier tout ce qui touche au lointain. On nomme les autres pour se reconnaître soi et se différencier : la reconnaissance par la différence ? …</p>
<p>Ainsi, je ne pense pas qu’il est du devoir de qui « a du cœur » de culpabiliser devant un tel film. D’abord, apprécier la mise en scène et le jeu des acteurs. Mais surtout se poser des questions, <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/11/rapports/r3563.asp" target="_blank">s’interroger</a>, puis <a href="http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/la_nbspvnus_hot.html" target="_blank">retrouver</a> l’<a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1914_num_5_3_8666" target="_blank">histoire</a> en rentrant chez soi. Réfléchir, simplement.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/ky0QTKRDDk0?fs=1&amp;hl=fr_FR" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/ky0QTKRDDk0?fs=1&amp;hl=fr_FR" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object></p>
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		<title>La jungle du wannabe libraire d&#8217;aujourd&#8217;hui</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Aug 2010 22:49:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérémy</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[edition]]></category>
		<category><![CDATA[librairie]]></category>
		<category><![CDATA[roman graphique]]></category>

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		<description><![CDATA[De l&#8217;ironie des situations : accompagnant par le plus grand des hasards une amie dans un Virgin bordelais (par pour du livre à la base, pour de la papeterie), je tombe sur une table spécialement consacrée aux blogs adaptés en bande-dessinée. Je ne sais par quel malheureux hasard je ne connaissais pas encore Leslie Plée, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-678 aligncenter" title="Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" src="http://regardailleurs.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/08/MoiVivantVousNaurezJamaisDePause_07032009_230922.jpg" alt="Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" width="202" height="268" /></p>
<p>De l&rsquo;ironie des situations : accompagnant par le plus grand des hasards une amie dans un Virgin bordelais (par pour du livre à la base, pour de la papeterie), je tombe sur une table spécialement consacrée aux blogs adaptés en bande-dessinée. Je ne sais par quel malheureux hasard je ne connaissais pas encore <a href="http://vuedelaprovince.canalblog.com/" target="_blank">Leslie Plée</a>, en tout cas cette mise en avant a été l&rsquo;occasion de rencontrer son livre <em>Moi vivant, vous n&rsquo;aurez jamais de pauses. Ou comment j&rsquo;ai cru devenir libraire</em>, au titre fort prometteur.<span id="more-677"></span></p>
<p>Deux choses m&rsquo;ont accrochée : tout d&rsquo;abord le récit imagé d&rsquo;une jeune diplômée libraire, et ensuite le format poche de la bande dessinée. En effet, depuis mai 2010, <a href="http://www.actuabd.com/+Pocket-lance-la-collection-Pocket+" target="_blank">Pocket a lancé une collection de BD, &laquo;&nbsp;Pocket Graphic Novels&nbsp;&raquo;</a>, qui permet de mettre un peu d&rsquo;images dans les tirelires les plus vides. Ainsi, pour 5,90 euros, vous tenez entre les mains un ouvrage de belle facture, lisible et plaisant à feuilleter. Ça reste du poche, donc pas de papier glacé ni de fioritures du genre, mais je trouve cette deuxième vie du livre positive.</p>
<p>J&rsquo;ai donc commis l&rsquo;acte irréparable et cruel d&rsquo;acheter un livre de Pocket chez Virgin. Je me suis permis de m&rsquo;auto-flageller longtemps le soir même, me promettant de ne plus jamais céder à nouveau. Ceci dit, le péché en valait la peine : <em>Moi vivant…</em> est drôle, vivant et sent le vécu. Certaines pages sont particulièrement amusantes et ont trouvé en moi un écho assez évident : je viens de valider mon DUT édition-librairie à Bordeaux et ai été amenée, au cours de ces deux années, à revoir mes idées préconçus sur les métiers du livre.</p>
<p>Le métier de libraire, notamment, prête à débat : un employé d&rsquo;une grande surface culturelle est-il <em>libraire</em> ou <em>vendeur</em> ? Tout dépend ce qu&rsquo;on attend d&rsquo;un libraire, bien sûr, si on cherche du conseil autant que de l&rsquo;assortiment, de la qualité autant que du grand public. Je me souviens d&rsquo;un travail qu&rsquo;on avait effectué en première année, et pour cela on avait demandé des conseils de libraires. On s&rsquo;était donc déplacées à Mollat, le graal bordelais, et, pour contrecarrer l&rsquo;avis des indépendants, nous étions allées à la Fnac. La libraire-vendeuse-personneprésentecejourlà du rayon littérature, dès qu&rsquo;elle apprit que nous étions étudiantes en métiers du livre, s&rsquo;énerva contre le système : &laquo;&nbsp;Évidemment, on nous fait passer pour des grands méchants. Moi aussi je suis passée par là, j&rsquo;ai fait l&rsquo;IUT à Paris, on m&rsquo;a vanté les mérites de la librairie indépendante… Mais au final, qui a du boulot pour nous ? qui nous embauche ? Alors il faut arrêter de cracher dessus !&nbsp;&raquo; Inutile de préciser qu&rsquo;elle n&rsquo;avait répondu que de manière partiellement pertinente à nos questions, qui s&rsquo;intéressaient notamment au turn-over des romans à la Fnac (&laquo;&nbsp;Mais si, garder le livre 3 mois en rayon, c&rsquo;est quand même lui donner une vie !&nbsp;&raquo; &#8211; non-sens total).</p>
<p>Outre le peu de probabilité que la Fnac, Virgin et Cultura soient nos employeurs de demain (mais je ne le savais pas encore), le propos avait quand même de quoi interpeller la jeune naïve que j&rsquo;étais alors. Aujourd&rsquo;hui, après avoir étudié de manière approfondie le monde du livre, je reste convaincue que la librairie et l&rsquo;édition indépendantes sont des maillons indispensables pour faire vivre la création littéraire et graphique. Pourtant, je ne peux m&rsquo;empêcher de remarquer que, dans certaines villes ou banlieues, il n&rsquo;y a aucun point de vente du livre à l&rsquo;exception d&rsquo;une grande surface culturelle (à part internet, bien sûr). Ainsi donc, ces dernières ne sont pas uniquement une malédiction.</p>
<p>Pour en revenir au livre en lui-même, j&rsquo;ai beaucoup apprécié l&rsquo;humour plein de recul de l&rsquo;auteure. Être balancée sans préavis dans l&rsquo;univers impitoyable de Cultura (qui se reconnaît tout seul) n&rsquo;est pas chose aisée. Elle n&rsquo;a pas réussi à tenir et a préféré se consacrer à son autre passion, le dessin &#8211; ce qui n&rsquo;est pas forcément un mal. En lisant ce petit ouvrage, on rit, surtout mais pas uniquement. <em>Moi vivant…</em> invite à la réflexion de plusieurs manières : sur le métier de libraire, les pratiques des grandes surfaces culturelles, les clients aux demandes uniformisées (Marc Levy, Dan Brown, Anna Gavalda, etc.). Le dessin n&rsquo;est pas rêveur, il est plutôt franc, concret, ce qui donne au récit une agréable vivacité. On croise de temps en temps les séances de psychothérapie de Leslie Plée, qui rendent l&rsquo;ensemble plus grave, et font le lien vers le sujet si médiatique parfois de la souffrance au travail.</p>
<p>Cela permet surtout de casser les clichés sur les libraires : non, le libraire n&rsquo;est pas &laquo;&nbsp;payé pour lire toute la journée&nbsp;&raquo; comme on l&rsquo;entend parfois. Le libraire se consacre à la déforestation amazonienne, entre cartons pour les retours et les arrivées, les livres, les bons de commandes, de réassort… Ensuite, la maîtrise des logiciels professionnels et le conseil aux clients pas forcément ouverts.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-679 aligncenter" title="leslie-plee-libraire-blog-livre" src="http://regardailleurs.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/08/leslie-plee-libraire-blog-livre.jpg" alt="leslie-plee-libraire-blog-livre" width="312" height="315" /></p>
<p><em>Moi vivant, vous n&rsquo;aurez jamais de pauses. Ou comment j&rsquo;ai cru devenir libraire</em> est un livre drôle, incisif et en même temps doux (envers l&rsquo;humain, l&rsquo;espoir et le livre). Le moment passé en sa compagnie est simple et très appréciable. À suivre, donc : <a href="http://vuedelaprovince.canalblog.com/" target="_blank">le blog de Leslie Plée</a>.</p>
<p><em>Moi vivant, vous n&rsquo;aurez jamais de pauses. Ou comment j&rsquo;ai cru devenir libraire</em>, Leslie Plée, <a href="http://www.furet.com/moi-vivant-vous-n-aurez-jamais-de-pauses-ou-comment-j-ai-cru-devenir-libraire-1366198.html" target="_blank">Pocket, 2010, 5,90 €</a> (édition originale : Jean-Claude Gausewitch Éditeur, 2009, 25 €).</p>
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		<title>La BD numérique avance à tâtons</title>
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		<pubDate>Tue, 11 May 2010 17:49:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invités</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des lettres à la loupe]]></category>
		<category><![CDATA[bd numérique]]></category>
		<category><![CDATA[edition]]></category>
		<category><![CDATA[table ronde]]></category>

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		<description><![CDATA[La problématique du numérique agite plus que jamais le monde de l’édition. L’Appel du numérique des écrivains et illustrateurs de livres lancé par le Syndicat national des auteurs compositeurs (SNAC) mi avril a suscité de nombreuses réactions. Les inquiétudes des scénaristes et illustrateurs de bandes dessinées reflètent bien l’incertitude dans laquelle se trouvent actuellement les [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><img class="size-full wp-image-568 aligncenter" src="http://regardailleurs.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/05/Devices-BD.png" alt="bd numérique" width="420" height="376" /><br />
La problématique du numérique agite plus que jamais le monde de l’édition. L’<a href="http://www.jesigne.fr/petition-appeldunumerique" target="_blank">Appel du numérique des écrivains et illustrateurs de livres</a> lancé par le Syndicat national des auteurs compositeurs (<a href="http://www.syndicatbd.org/snac.html" target="_blank">SNAC</a>) mi avril a suscité de nombreuses réactions. Les inquiétudes des scénaristes et illustrateurs de bandes dessinées reflètent bien l’incertitude dans laquelle se trouvent actuellement les acteurs de ce secteur quant à leur avenir. Ce sujet était notamment au cœur du débat de la table ronde Edition BD et mobilité, qui s’est déroulée mercredi 5 mai dernier à l’école <a href="http://aldus2006.typepad.fr/mon_weblog/2010/04/ecole-des-m%C3%A9tiers-de-la-culture-bd-et-mobilit%C3%A9.html" target="_blank">EAC</a> (Paris).<span id="more-567"></span></p>
<p style="text-align: left;">Des nouveaux projets dédiés au numérique le jour, tel que <a href="http://www.avecomics.com/bd/989/seoul-district.html" target="_blank">Seoul District</a> initié par le scénariste français <a href="http://blogs.arte.tv/mangaka/frontUser.do?method=getHomePage" target="_blank">Hervé Martin Delpierre</a> et le dessinateur coréen <a href="http://www.manga-news.com/index.php/auteur/Chul-Ho-Park" target="_blank">Park Chul Ho</a> (Ave ! Comics). Ces œuvres enrichies de contenus multimédia posent la question de l’évolution de la bande dessinée au contact des possibilités qu’offrent les nouvelles technologies.</p>
<p style="text-align: left;">Manuel Ranchin (attaché commercial, <a href="http://www.avecomics.com/">Ave ! Comics</a>), Guillaume Dorison (Directeur éditorial, <a href="http://www.humano.com/" target="_blank">Les Humanoïdes associés</a>), Maître Bensoussan-Brûlé (avocate, Cabinet Bensoussan), Gwendal Bihan (co-fondateur, <a href="http://www.leezam.com/home.php" target="_blank">Leezam</a>) et Benjamin Roure (Rédacteur en chef, <a href="http://www.bodoi.info/" target="_blank">Bodoï</a>) ont débattu ensemble de l’évolution de la création, des solutions techniques et des modèles économiques de l’édition BD à l’ère du numérique.</p>
<p style="text-align: left;">Pour Benjamin Roure</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« Ce n’est presque plus de la BD, c’est autre chose.  A partir de là, les pistes de la BD numérique s’ouvrent »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">et pour Manuel Ranchin</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« on ne perd pas l’ADN de la BD papier, puisqu’il n’y en a pas ».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">Pas de trahison donc, ce type de création originale intègre en amont et de manière concomitante le son et les animations pour constituer un nouveau genre (voir aussi : <a href="http://www.bludzee.com/fr/" target="_blank">Bludzee</a> de Lewis Trondheim, <a href="http://www.nawlz.com/" target="_blank">Nawlz</a>, <a href="http://www.lesautresgens.com/spip.php?page=sommaire&amp;hz=1273595140" target="_blank">Les Autres gens</a>…).</p>
<p style="text-align: left;">Selon Guillaume Dorison des Humanos, la BD numérique est un débouché intéressant en matière de produits dérivés, mais</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« c’est un autre produit. Vous changez le format, le mode de lecture, de méthodes de production, vous enrichissez le contenu. C’est super, mais c’est un autre produit et un autre métier! Ce n’est pas notre métier! »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">Si actuellement l’adaptation de BD au format numérique représente un revenu et un espace de visibilité supplémentaires pour les auteurs, difficile encore pour eux d’imaginer travailler directement pour ce support. L’éditeur ajoute pour forcer un peu le trait :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« maintenant, leur dire que l’objet de leur création, leur façon d’écrire, leur objectif en tant qu’auteur ou artiste ce n’est plus la BD, mais ça passe par un autre format, c’est comme si vous demandez à Martin Scorsese de faire des épisodes de « Plus belle la vie », c’est un autre format c’est une autre histoire. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">Mais pour Gwendal Bihan, les auteurs ne se posent pas la question, ils veulent tout simplement que leurs œuvres vivent au-delà des questions de supports. Pour cet éditeur numérique il est temps d’arrêter les principes pour enfin avancer et commencer à envisager le livre numérique non plus seulement comme un goodie, mais comme une œuvre à part entière.</p>
<p style="text-align: left;">Pour y prétendre encore faut-il trouver un modèle économique viable et c’est là que le bât blesse, les prix et volume de ventes ne permettent pas encore à un auteur de vivre du numérique. D’où le parti pris de Guillaume Dorison d’envisager ce débouché comme un levier pour les ventes papier  :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« aujourd’hui, la BD papier ne sera pas sauvée par le numérique, par l’eldorado. La BD papier doit se sauver elle-même et pour ce faire elle doit se servir de l’outil numérique. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">Les à-valoir dans la BD peuvent aller jusqu’à 25 à 30 000 euros pour un album représentant un an de travail et vendu à 12,99 euros, impossible pour un éditeur d’imaginer investir de telles sommes pour une œuvre numérique vendue dix fois moins chère ou pour l’auteur de ne vivre que d’un pourcentage des ventes. C&rsquo;est donc quasi impossible selon lui d’envisager une production purement numérique pour le moment. Par ailleurs, on ne dispose d’aucun chiffre sur le volume des ventes de producteurs comme Ave ! Comics.</p>
<p style="text-align: left;">Si d&rsquo;après Gwendal Bihan, il ne s’agit plus de fixer le prix d’une œuvre numérique en fonction de son pendant papier à partir du moment où on la considère comme un objet complètement différent, on peut envisager un prix « premium » à condition de créer de la valeur.</p>
<p style="text-align: left;">Tout va donc se jouer au niveau de la négociation des contrats entre auteurs et éditeurs selon Maître Bensoussan Brûlé. Mais au final, les auteurs</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« ne savent toujours pas à quelle sauce ils vont être mangés en gros. Ils sont quasiment obligés de dire on tente le coup,  je signe sur cet album en numérique pour voir » (B. Roure).</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">La même démarche tâtonnante s’applique aux éditeurs, selon Guillaume Dorison :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« Aujourd’hui, les éditeurs se mettent tous au numérique. Mais pas parce que c’est l’avenir, c’est du vent en termes de ventes et de chiffre d’affaires, mais ça fait parler […] Si les éditeurs s’y mettent, c’est parce qu’ils veulent être sûrs que personne ne prendra leur place. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">Cependant, une nouvelle génération de lecteurs grandit avec des outils de lecture numériques mobiles et Manuel Ranchin de conclure :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« Dans 5, 10 ans, les enfants et les adolescents, et j’y crois très fort, eux liront en numérique, même si aujourd’hui vous ne voulez pas en entendre parler. Ensuite je crois qu’il y aura un marché, même si je suis le seul à le penser dans la salle. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">Malgré l’absence de certitude, voire de conviction, sur le développement du marché de l’édition numérique, il s’agit pour ces acteurs d’avancer, même à tâtons.</p>
<p style="text-align: left;">N.B. (17.05.2010): Les citations « Ce n’est  presque plus de la BD, c’est autre chose.  A partir de là, les pistes de  la BD numérique s’ouvrent » de Benjamin Roure et « on ne perd  pas l’ADN de la BD papier, puisqu’il n’y en a pas » de Manuel Ranchin concernent l&rsquo;exemple spécifique de Séoul District cité plus haut.</p>
<p style="text-align: left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: left;">Billet rédigé par Claire Philipp alias <a href="http://twitter.com/biganide" target="_blank">@biganide </a>que vous aviez déjà pu lire <a href="http://regardailleurs.fr/2010/04/bilan-de-la-conference-sur-le-storytelling-digital-a-la-cantine/" target="_blank">ici</a>.</p>
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