Harry Potter, les raisons d’un succès

Stephanie le 15 janvier 2010

harry1

La tentative de commentaire de l’œuvre que je vous présente est bien évidemment pleine d’erreurs, car, dans mon ignorance du monde précis de la philosophie et de certaines données, je suis sans doute passée à côté de certains aspects de l’œuvre. Le livre en question s’intitule Harry Potter, les raisons d’un succès, écrit par Isabelle Smadja, docteure en esthétique et agrégée de philosophie, publié aux Éditions PUF pour la première édition en 2001, pour la présente en 2007. Harry Potter, les raisons d’un succès se veut l’analyse presque exhaustive des raisons qui ont rendu le petit sorcier universel. En effet, on observe souvent le marketing organisé autour des livres et des films, mais peu se sont interrogés sur le fait que, traduit en plus de soixante langues (dont le latin !), Harry Potter a séduit petits et grands tout autour du monde. Qu’est-ce qui peut être universel, dans ce roman traitant de sorciers anglais ? C’est le fil conducteur de cette étude rédigée par Isabelle Smadja.

En quatre chapitres, l’auteure tente de décrypter les multiples raisons qui ont poussé les enfants et les adultes du monde entier à apprécier cet ouvrage. À noter, cependant, que l’auteure ne prend en considération que les quatre premiers tomes des aventures de Harry Potter. Le premier chapitre, « Conte de fées, mythes et légendes, la sorcellerie à l’enseigne de la modernité » m’a beaucoup plu. Sont soulignés les mythes, légendes, croyances que l’on retrouve dans les pages de Harry Potter. Par exemple, le serpent comme meilleur ami de Voldemort est une utilisation de l’image du diable, souvent représenté par un tel animal, ou bien les allusions évidentes au nazisme à travers les discours fanatiques autour du mage noir, ce qui se confirme dans les tomes 6 et 7.

Fonction esthétique de la magie : de la poésie au palimpseste

Le deuxième chapitre, « Fonction esthétique de la magie. De la saveur du palimpseste à une lecture palimpsestueuse », m’a semblé également très intéressant : en quoi la magie sert-elle la rhétorique de Rowling ? La magie, nous apprend Smadja, présente un monde écologique, un peu comme une sorte de retour aux sources, qui tourne en dérision les avancées technologiques « moldues ». La voiture, par exemple, ne devient agréable qu’après avoir goûté à la vie sauvage. On y trouve aussi une analogie entre l’enfance et la magie, celle-ci représentant un monde où tout est possible et où le rêve ne s’arrête pas. L’illustration la plus pertinente, à mon avis, est le remède contre les Détraqueurs : le chocolat. Ce chapitre montre bien à quel point la magie permet à Rowling de s’exprimer en « codes » (d’où le clin d’œil aux palimpsestes, parchemins grattés sur lesquels on réécrivait un autre texte). Les messages qu’elle fait passer à travers les livres sont pourtant clairs et entrent facilement dans notre entendement, notamment concernant l’éducation. En effet, ce n’est pas un hasard si les aventures se déroulent dans une école : le rôle accordé à la formation des enfants est très important aux yeux de Rowling, qui, loin de considérer que seule une élite a droit d’accès à cette chance, démocratise totalement l’utilisation de la magie à tous les enfants montrant des prédispositions particulières.

Le troisième chapitre, par contre, m’a déplu. Le titre, « Une lecture psychanalytique : le complexe d’Œdipe et sa résolution », peut à lui seul résumer mon manque d’enthousiasme pour cette partie. En effet, j’accorde peu de crédit au fait que Harry aurait une préférence pour sa mère, pure et si gentille, que personne ne peut égaler, alors qu’il représenterait en plusieurs personnes un père imaginaire (Dumbledore, Black, Lupin).

Le bien et le mal : des frontières floues

Le dernier chapitre, intitulé « Valeurs du bien, valeurs du mal, la fonction pédagogique », est davantage du Harry Potter. On remarque notamment l’importance de la désobéissance civile quand les règlements sont injustes, et sur ce point on peut anticiper en remarquant que le tome 5 ne détrompe pas Smadja. De plus, des prises de position de Rowling se dessinent clairement dans ses ouvrages : on comprend qu’elle est pour une éducation où on ne montre pas que le côté positif des hommes aux enfants. On peut aussi voir qu’elle est contre la peine de mort et n’hésite pas à revenir en arrière pour libérer Buck et Black, dans le tome 3. Je ne vous en dis pas davantage, mais ce chapitre m’a vraiment semblé très réaliste sur les enjeux contenus dans Harry Potter.

D’une manière plus globale, je n’ai pas trouvé ce livre particulièrement bien écrit. Certains passages sont totalement obscurs et il est difficile de saisir l’idée de l’auteure. Cependant, en tant que lectrice assidue des aventures de Harry Potter, j’ai apprécié d’y voir quelques zones d’ombre décryptées. Le chapitre d’ouverture et celui de fermeture m’ont beaucoup plus parlé. Par contre, les références nombreuses et pertinentes (Bettelheim, Bachelard, Hugo, Kant, Hegel ou encore Freud) qui émaillent cette étude permettent de voir sous un jour nouveau des romans jeunesse de sorcellerie, qui pourraient paraître simplistes à première vue. J’ai apprécié le contenu, mais j’ai quelques réticences sur la forme employée, parfois trop lourde et incompréhensible. Malgré tout, pour un essai, il se lit facilement… l’ensorcellement potterien tiendrait-il aussi les ouvrages qui le nomment ?

blog comments powered by Disqus